Pendant mon séjour à Tuvalu, et aussi un peu à Fidji, j’ai utilisé les facilités de l’Université du Pacifique Sud (University of the South Pacific, USP). J’avoue que j’avais un peu de mal à croire qu’il y ait un campus universitaire à Tuvalu, mais il y a bel et bien un petit bâtiment, avec quelques bureaux, une salle de cours, une petite bibliothèque et une salle informatique. Cela tient à une caractéristique assez unique de l’USP: elle possède des campus dans douze pays du Pacifique Sud. A ma connaissance, c’est la seule université présente dans plusieurs pays à la fois. Je sais que la plupart des grosses universités américaines, et même certaines universités européennes, ont des campus un peu partout dans le monde, pour des raisons essentiellement commerciales. Mais l’USP est différente: elle est gérée conjointement par douze pays du coin, qui sont tous, à part Fidji, des petites îles en développement (Small Island Developing States, SIDS). Le campus principal est situé à Fidji, dans la capitale Suva, mais chaque pays possède aussi un petit campus qui fait office de succursale locale. En gros, les étudiants qui ont la chance d’avoir une bourse (c’est la Nouvelle-Zélande qui paie) peuvent venir étudier à Fidji, tandis que les autres peuvent faire leurs études à distance, avec des cours sur internet, dans les ‘petits’ campus locaux. En ce sens, je trouve que l’USP est assez remarquable. En tout, l’USP compte environ 15 000 étudiants, soit autant que l’ULg. Tuvalu compte une dizaine d’étudiants sur le campus de Funafuti, mais beaucoup plussur le campus principal de Laucala, à Fidji.
Les bourses d’études qui permettent aux étudiants d’étudier sur le campus de Laucala sont assez conséquentes, puisque l’étudiant embarque toute sa famille avec lui à Fidji. En Belgique, les étudiant supplient leurs parents de leur payer un kot (logement d’étudiant) pour pouvoir enfin ‘être indépendants’ (moyennant lessive et support financier hebdomadaires); à Tuvalu ils emmènent leur famille avec eux. C’est comme ça. L’USP est d’ailleurs une des principales sources d’immigration à Fidji. C’est sans doute aussi pour ça que l’USP a instauré le principe du ‘compassionate pass’, qui est aussi, à ma connaissance, assez unique. Le principe du compassionate pass est un peu sinistre, mais très simple: si un étudiant qui doit présenter un examen a un décès dans sa famille dans les trois jours précédant l’examen, il réussit automatiquement l’examen, moyennant la présentation d’un certificat de décès en bonne et due forme. Ou alors il a le droit de demander à représenter l’examen. Ce qui est assez étonnant, c’est que ce système est complètement formalisé: il y a toute une série de conditions, le certificat de décès doit être fourni dans un délai raisonnable, et le nombre de compassionate passes est limité – sans doute pour éviter que des étudiants en détresse ne déciment leurs familles.
Outre quelques locaux, les professeurs et chercheurs de l’USP sont pour la plupart australiens ou néo-zélandais. Tous m’ont dit qu’ils rencontraient ici une difficulté particulière: convaincre leurs collègues restés au pays qu’ils n’étaient pas en vacances, mais qu’ils travaillaient vraiment. A les entendre, c’était un réel problème : même si Suva, la capitale de Fidji, n’est absolument pas touristique, loin des plages et très pluvieuse, on s’imaginait toujours que l’USP était une sorte de bar de la plage. A mon avis, c’est un problème que doivent aussi rencontrer les chercheurs de l’Université de Hawai’i.



2 réponses jusqu'à présent ↓
Éric // 3 août 2008 à 2:06 |
Ça donne vmt le goût d’y aller… est-ce qu’il y a tout les programmes?
François // 5 août 2008 à 1:34 |
Il y en a pas mal, en tout cas… C’est une expérience qui vaut le coup d’être tentée, quoi qu’il en soit !