Nouvelles de l’eau qui monte

Le village qui voulait être un Etat

23 août 2007 · Laisser un commentaire

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Voilà maintenant quelques semaines que j’ai quitté Tuvalu, et je continue maintenant la recherche avec les Tuvaléens expatriés en Nouvelle-Zélande (à Auckland, surtout). Entre les deux, il y a eu Fidji et l’Australie, j’y reviendrai. Avant de passer à la suite, et avec un peu plus de recul, je voulais partager quelques impressions finales, à défaut d’être définitives, sur Tuvalu.

Un aspect qui m’a particulièrement frappé, c’est le soin inouï que mettait Tuvalu au respect du protocole. Un ambassadeur en visite à Tuvalu ? On lui colle une voiture officielle surmontée d’un petit drapeau de son pays, pour parader dans toute l’île. C’est d’un ridicule consommé, mais à Tuvalu, on sait recevoir. Vous demandez à voir un ministre ? On vous fait voir des conseillers, des secrétaires, des sous-ministres, puis quelqu’un se décide à appeler le ministre, qui vous reçoit bien sûr dans la minute. Vous demandez à voir un plan gouvernemental de lutte contre les effets du changement climatique ? On vous répond que le document n’est pas encore formellement approuvé par le gouvernement, qu’il est encore confidentiel, et qu’on vous l’enverra dès que l’embargo sur le document sera levé. Par contre, si vous interrogez le ministre de la santé sur la question du SIDA à Tuvalu, il vous répond en vous donnant les noms et adresses des neuf personnes infectées par le VIH sur l’île. La population de Tuvalu n’est que de 10 000 habitants, son territoire n’est que de 26 km2, maisl’important, c’est de faire comme si.

Tuvalu a obtenu son indépendance très rapidement, en deux ans seulement, en 1978. On a presque l’impression que le Royaume-Uni cherchait à s’en débarrasser. Son économie est totalement artificielle: Tuvalu dépend quasiment exclusivement de l’aide internationale. Ses habitants, pourtant, sont farouchement attachés à l’indépendance du pays. C’est bien davantage qu’un simple attachement à la terre. L’aspiration des peuples à leur souveraineté, à Tuvalu ou ailleurs, même si le pays ne peut survivre que grâce à l’aide internationale, m’a toujours troublé.

Reste qu’aujourd’hui, le gouvernement doit régler un délicat dilemme: comment poursuivre le développement de Tuvalu tout en préparant la perspective de sa disparition ? On sent bien, chez les officiels du gouvernement, une grande réticence à éviter le scénario du pire, la disparition du pays. En même temps, si ce scénario n’est pas envisagé, Tuvalu risque bien de se retrouver un jour, au propre et au figuré, le bec dans l’eau. Mais préparer l’évacuation de la population, c’est aussi, quelque part, reconnaître que tous les projets d’infrastructure pourraient être menés en vain, que toute l’aide au développement pourrait atterrir dans un puits sans fond. Et ça, pour tous les gouvernements du monde, même les plus petits, ce n’est pas à évident à admettre.

Catégories : Tuvalu

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