Nouvelles de l’eau qui monte

Entrée de août 2007

L’Université du Pacifique Sud

26 août 2007 · 2 commentaires

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Pendant mon séjour à Tuvalu, et aussi un peu à Fidji, j’ai utilisé les facilités de l’Université du Pacifique Sud (University of the South Pacific, USP). J’avoue que j’avais un peu de mal à croire qu’il y ait un campus universitaire à Tuvalu, mais il y a bel et bien un petit bâtiment, avec quelques bureaux, une salle de cours, une petite bibliothèque et une salle informatique. Cela tient à une caractéristique assez unique de l’USP: elle possède des campus dans douze pays du Pacifique Sud. A ma connaissance, c’est la seule université présente dans plusieurs pays à la fois. Je sais que la plupart des grosses universités américaines, et même certaines universités européennes, ont des campus un peu partout dans le monde, pour des raisons essentiellement commerciales. Mais l’USP est différente: elle est gérée conjointement par douze pays du coin, qui sont tous, à part Fidji, des petites îles en développement (Small Island Developing States, SIDS). Le campus principal est situé à Fidji, dans la capitale Suva, mais chaque pays possède aussi un petit campus qui fait office de succursale locale. En gros, les étudiants qui ont la chance d’avoir une bourse (c’est la Nouvelle-Zélande qui paie) peuvent venir étudier à Fidji, tandis que les autres peuvent faire leurs études à distance, avec des cours sur internet, dans les ‘petits’ campus locaux. En ce sens, je trouve que l’USP est assez remarquable. En tout, l’USP compte environ 15 000 étudiants, soit autant que l’ULg. Tuvalu compte une dizaine d’étudiants sur le campus de Funafuti, mais beaucoup plussur le campus principal de Laucala, à Fidji.

Les bourses d’études qui permettent aux étudiants d’étudier sur le campus de Laucala sont assez conséquentes, puisque l’étudiant embarque toute sa famille avec lui à Fidji. En Belgique, les étudiant supplient leurs parents de leur payer un kot (logement d’étudiant) pour pouvoir enfin ‘être indépendants’ (moyennant lessive et support financier hebdomadaires); à Tuvalu ils emmènent leur famille avec eux. C’est comme ça. L’USP est d’ailleurs une des principales sources d’immigration à Fidji. C’est sans doute aussi pour ça que l’USP a instauré le principe du ‘compassionate pass’, qui est aussi, à ma connaissance, assez unique. Le principe du compassionate pass est un peu sinistre, mais très simple: si un étudiant qui doit présenter un examen a un décès dans sa famille dans les trois jours précédant l’examen, il réussit automatiquement l’examen, moyennant la présentation d’un certificat de décès en bonne et due forme. Ou alors il a le droit de demander à représenter l’examen. Ce qui est assez étonnant, c’est que ce système est complètement formalisé: il y a toute une série de conditions, le certificat de décès doit être fourni dans un délai raisonnable, et le nombre de compassionate passes est limité – sans doute pour éviter que des étudiants en détresse ne déciment leurs familles.

Outre quelques locaux, les professeurs et chercheurs de l’USP sont pour la plupart australiens ou néo-zélandais. Tous m’ont dit qu’ils rencontraient ici une difficulté particulière: convaincre leurs collègues restés au pays qu’ils n’étaient pas en vacances, mais qu’ils travaillaient vraiment. A les entendre, c’était un réel problème : même si Suva, la capitale de Fidji, n’est absolument pas touristique, loin des plages et très pluvieuse, on s’imaginait toujours que l’USP était une sorte de bar de la plage. A mon avis, c’est un problème que doivent aussi rencontrer les chercheurs de l’Université de Hawai’i.

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Le village qui voulait être un Etat

23 août 2007 · Laisser un commentaire

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Voilà maintenant quelques semaines que j’ai quitté Tuvalu, et je continue maintenant la recherche avec les Tuvaléens expatriés en Nouvelle-Zélande (à Auckland, surtout). Entre les deux, il y a eu Fidji et l’Australie, j’y reviendrai. Avant de passer à la suite, et avec un peu plus de recul, je voulais partager quelques impressions finales, à défaut d’être définitives, sur Tuvalu.

Un aspect qui m’a particulièrement frappé, c’est le soin inouï que mettait Tuvalu au respect du protocole. Un ambassadeur en visite à Tuvalu ? On lui colle une voiture officielle surmontée d’un petit drapeau de son pays, pour parader dans toute l’île. C’est d’un ridicule consommé, mais à Tuvalu, on sait recevoir. Vous demandez à voir un ministre ? On vous fait voir des conseillers, des secrétaires, des sous-ministres, puis quelqu’un se décide à appeler le ministre, qui vous reçoit bien sûr dans la minute. Vous demandez à voir un plan gouvernemental de lutte contre les effets du changement climatique ? On vous répond que le document n’est pas encore formellement approuvé par le gouvernement, qu’il est encore confidentiel, et qu’on vous l’enverra dès que l’embargo sur le document sera levé. Par contre, si vous interrogez le ministre de la santé sur la question du SIDA à Tuvalu, il vous répond en vous donnant les noms et adresses des neuf personnes infectées par le VIH sur l’île. La population de Tuvalu n’est que de 10 000 habitants, son territoire n’est que de 26 km2, maisl’important, c’est de faire comme si.

Tuvalu a obtenu son indépendance très rapidement, en deux ans seulement, en 1978. On a presque l’impression que le Royaume-Uni cherchait à s’en débarrasser. Son économie est totalement artificielle: Tuvalu dépend quasiment exclusivement de l’aide internationale. Ses habitants, pourtant, sont farouchement attachés à l’indépendance du pays. C’est bien davantage qu’un simple attachement à la terre. L’aspiration des peuples à leur souveraineté, à Tuvalu ou ailleurs, même si le pays ne peut survivre que grâce à l’aide internationale, m’a toujours troublé.

Reste qu’aujourd’hui, le gouvernement doit régler un délicat dilemme: comment poursuivre le développement de Tuvalu tout en préparant la perspective de sa disparition ? On sent bien, chez les officiels du gouvernement, une grande réticence à éviter le scénario du pire, la disparition du pays. En même temps, si ce scénario n’est pas envisagé, Tuvalu risque bien de se retrouver un jour, au propre et au figuré, le bec dans l’eau. Mais préparer l’évacuation de la population, c’est aussi, quelque part, reconnaître que tous les projets d’infrastructure pourraient être menés en vain, que toute l’aide au développement pourrait atterrir dans un puits sans fond. Et ça, pour tous les gouvernements du monde, même les plus petits, ce n’est pas à évident à admettre.

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