Hier et aujourd’hui, j’ai rencontré deux types qui revenaient chacun, à leur façon, de très loin. Le premier s’appelle Enele Sopoaga, c’est lui qui est sur la photo. Enele Sopoaga a été le premier ambassadeur de Tuvalu aux Nations Unies, de 2001 à 2007. C’est avec lui que je me suis un jour retrouvé coincé dans un ascenseur à l’ONU, à l’hiver 2001, alors que j’y effectuais un stage. C’est lui qui, le premier, m’a parlé de Tuvalu et des ‘réfugiés environnementaux’. A l’époque, je ne savais même pas que Tuvalu existait, ni que des gens étaient déplacés à cause du changement climatique. Même si ça paraît un peu étrange de le formuler en ces termes, ce que je fais aujourd’hui a été déterminé, très largement, par cette rencontre fortuite dans un ascenseur en panne. Par un curieux hasard, il se trouve que le mandat d’Enele Sopoaga est arrivé à échéance récemment, et qu’il vient de rentrer à Tuvalu, la semaine dernière. Nous ne nous étions jamais revus depuis, et je l’ai rencontré hier soir. Il m’a même fait la gentillesse de faire semblant de se souvenir de moi (à cause de ma voix, a-t-il prétendu). Comme vous vous en doutez, ça m’a fait quelque chose de revoir le type qui avait décidé, sans le savoir, de ce que j’allais pendant quatre ans de ma vie.
C’est quelqu’un d’assez extraordinaire, comme j’en ai rencontré assez peu dans ma vie (bon, quelques uns quand même, mais pas des centaines). Il y avait quelque chose de touchant à le voir discuter des enjeux du changement climatique au milieu des caisses de son déménagement. Il est rentré avec toute sa famille, après 7 ans à New York. Ses filles ont étudié dans une université du New Jersey, et parlent avec l’accent américain. Il est maintenant Secrétaire aux Affaires étrangères dans un gouvernement qui, je le crains, comprend beaucoup moins bien que lui tous les enjeux internationaux du changement climatique. Je ne sais pas trop comment il parviendrait à se réadapter. Il m’a juste dit qu’il était très content d’être de retour, même si New York lui manquerait un peu.
L’autre revenant est autrichien, il est étudiant en Master d’anthropologie à l’Université de Vienne, et je ne connais pas son prénom. Si vous avez des enfants qui vont rentrer à l’université, je vous déconseille vivement de les laisser faire l’anthropologie à Vienne: ils envoient leurs étudiants dans des endroits tout à fait improbables. Car Tuvalu ne présente pas seulement un intérêt pour les chercheurs qui s’intéressent au changement climatique; c’est aussi un paradis pour anthropologues. Cet étudiant autrichien a donc eu l’idée de passer trois mois sur l’île de Niualakita. J’ai déjà dit combien il était difficile d’accéder aux autres îles de Tuvalu, mais pour Niulakita, c’est carrément le parcours du combattant. Si les habitants de Funafuti, l’île principale, jouissent d’un certain nombre des bienfaits du confort moderne (télévision et corned beef, surtout), on peut affirmer sans risque que les conditions de vie à Niulakita sont plus… rustiques, disons. Niulakita est l’île la plus au sud de Tuvalu, à environ 200 kilomètres de Funafuti, et elle n’est habitée que par une trentaine d’habitants, selon le dernier recensement. Vous pensiez que ce genre d’endroit n’existait plus ? Détrompez-vous. Moi-même j’ai été surpris de l’apprendre.
En fait, au départ, Niulakita n’était pas habitée. D’ailleurs, Tuvalu signifie ‘groupe de huit (îles)’, et pas ‘groupe de neuf’. Il y a quelques dizaines d’années, pourtant, des habitants de Niakulaelae, l’île voisine (enfin, voisine, à 100 kilomètres quand même), ont décidé d’aller habiter à Niulakita. Bizarrement, on n’a pas changé le nom de Tuvalu pour refléter ce changement. Ils sont donc une trentaine aujourd’hui, et dire que Niulakita est perdue au milieu du Pacifique est un euphémisme. Tous les trois mois, le gouvernement envoie un bateau pour apporter quelques vivres et s’assurer que Niulakita n’est pas devenue un site d’essais nucléaires. Et il y a trois mois, le bateau a aussi débarqué un anthropologue autrichien. J’imagine que les habitants ont dû être assez surpris. Et le bateau l’a donc récupéré il y a quelques jours, plutôt en piteux état. Il avait perdu une dizaine de kilos, contracté une volée de maladies et d’intoxications alimentaires, et était tellement épuisé qu’il a passé sa première nuit à Funafuti sur le pont du bateau. Sincèrement, je pensais que ça n’existait plus depuis longtemps, ce genre de mission anthropologique chez les ‘sauvages’. Manifestement, je me trompais.
François,
Une question que je t’ai sans doute déjà posée …
Tout le monde se dit qu’il faut "sauver la terre" (un peu comme le "private Ryan"), et j’en suis bien d’accord, mais au nom de quoi ? Moi, j’ai ma réponse, mais j’aimerais savoir plus précisément ce qu’en disent les évangélistes américains.
Bises.
Papa
Les évangélistes américains défendent la thèse classique de la Genèse : la terre est un cadeau divin à l’humanité, et abîmer le cadeau serait un crime moral de la pire espèce. C’est somme toute, un argument assez semblable à celui développé par les ‘pro-life’ sur les questions d’avortement… Je t’enverrai quelques papiers qui dévloppent leur argumentation !
A bientôt !