Il n’y a qu’un seul hôtel à Tuvalu, c’est le Vaiaku Lagi Hotel. En réalité, il existe aussi des pensions (comme le Filamona Lodge) qui sont beaucoup plus confortables que l’hôtel, mais le Vaiaku Lagi aime se prévaloir de son titre d’unique hôtel du pays. Il faut dire que ça lui attire une clientèle garantie, puisque de nombreux voyageurs, convaincus que c’est le seul (ou le meilleur) hébergement à Funafuti, s’y rendent benoîtement à leur descente d’avion. Le Vaiaku Lagi Hotel est donc, par la force des choses, l’endroit où se retrouvent, le soir, la plupart des étrangers.
Il n’y a pas beaucoup d’étrangers à Tuvalu, c’est un euphémisme. Qui sont-ils ? Il y a quelques touristes, qui ne sont pas nombreux et souvent bizarres. Par exemple, cet Américain du Michigan qui est arrivé et reparti le jour même, par le même avion : il voulait juste poser le pied dans tous les pays du monde, mais n’avait pas trop le temps de visiter … La plupart des étrangers, en fait, sont des coopérants ou des diplomates. En trois semaines, le Vaiaku Lagi Hotel a ainsi reçu la visite des ambassadeurs du Japon, d’Autriche et des Etats-Unis à Fidji. On a donc hissé au mât de l’hôtel un drapeau japonais puis un drapeau américain (je suppose qu’ils n’avaient pas de drapeau autrichien) pour saluer la venue des ambassadeurs. Il y a aussi quelques chercheurs, qui travaillent sur la montée des eaux, les rites et coutumes tuvaléens, et même sur les migrations. Et puis enfin, il y a des volontaires, qui sont là depuis bien trop longtemps, et qui sont généralement devenus alcooliques depuis.
L’hôtel, comme beaucoup de choses à Tuvalu, est la propriété du gouvernement. Et comme le gouvernement est quasiment le seul employeur du pays, et qu’il faut faire travailler un maximum de gens, on n’a pas lésiné sur le personnel: 28 employés pour 16 chambres ! D’accord, certains sont à temps partiel… Le prix des chambres est plutôt cher (pour Tuvalu) : 85 dollars australiens (50 euros environ) pour un confort qui voisine vaguement avec les deux étoiles… Le restaurant de l’hôtel, par contre, pratique des prix anormalement bon marché. Pour 4 dollars australiens, on peut avoir du poisson avec du riz, ou du poulet avec des patates. Ou alors du poisson avec des patates, ou encore du poulet avec du riz… Le faible coût des plats n’a d’égal que la variété de ceux-ci… Tous ces plats sont évidemment à commander directement en cuisine, car malgré les 28 employés, il faut reconnaître que le service aux tables laisse un peu à désirer.
La dernière trouvaille de l’hôtel, c’est d’organiser, tous les mercredis soirs, une soirée buffet et danses traditionnelles. Le concept est vieux comme le monde : on fait danser quelques membres du personnel en costumes traditionnels, on décline les plats habituels en buffet, et on fait payer le prix fort (15 dollars, plus de trois fois le prix d’un repas normal !) aux étrangers émoustillés de s’offrir ainsi un peu d’exotisme bon enfant. Après le show, les danseurs viennent évidemment chercher les membres du public pour danser avec eux. Mercredi dernier, je suis parvenu à me faire embrigader, en compagnie de l’ambassadeur américain en tournée d’adieu, d’un couple de milliardaires canadiens, d’une volontaire arménienne, et d’un consultant en fiscalité internationale qui réformait le système fiscal de Tuvalu après avoir réformé celui de l’Afghanistan – un mercenaire des impôts, somme toute. Tout ça est devenu vraiment drôle quand la sono a commencé à cracher les premières notes de Agadou dou dou. Voir tout ce petit monde danser sur ce vieux tube que même les boîtes les plus ringardes n’osent plus passer, ça valait le detour.



