Nouvelles de l’eau qui monte

Schwarzenegger, l’homme qui avait tout compris

9 mai 2007 · 6 commentaires

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L’émission ‘Pimp My Ride‘, qui passe sur MTV, repose sur un concept assez simple: chaque semaine, une bande de mécaniciens transforment une vieille épave de voiture en un bolide futuriste. Puis l’adolescent qui est le propriétaire de la voiture va faire un tour pour épater tous ses copains. Le mois dernier, Arnold Schwarzenegger s’est invité dans l’émission, pour montrer comment on pouvait équiper une vieille Chevrolet Impala de 1965 avec un moteur à hydrogène de 800 cv, et lui faire atteindre 60 mph en 3 secondes. “That’s what I call cool”, a-t-il simplement déclaré en commentant la transformation de la voiture.

Que faisait donc Schwarzenegger sur MTV ? Selon ses propres termes, il allait montrer que les bio-carburants n’étaient pas juste ‘un truc de fillettes’. C’est aussi pour ça qu’il a fait équiper ses deux énormes Hummer à l’hydrogène et aux bio-carburants. Récemment, j’ai eu l’occasion de l’écouter, sur la chaîne publique américaine C-SPAN, à l’occasion d’un forum sur le leadership en matière d’environnement organisé par le magazine Newsweek: je dois avouer que j’ai été stupéfié. J’ai entendu un des meilleurs discours sur le changement climatique que j’aie jamais entendus – et pourtant, j’en ai entendus beaucoup. Schwarzenegger, ces dernières années, est devenu l’un des principaux avocats de la cause environnementale aux Etats-Unis, ce qui lui vaut cette année de figurer dans la liste des 100 personnalités les plus influentes du magazine Time. Lors du forum dont je parlais à l’instant, il développait sa vision du changement climatique: une menace, certes; un défi, sans doute; mais surtout une formidable opportunité économique. Pour lutter efficacement contre le changement climatique, dit-il, il faut d’abord rendre cette lutte ’sexy et attractive, pour que tout le monde veuille participer’. Il ne tarit pas d’éloges sur Al Gore, dont il compare le film à Saturday Night Fever: ‘avant Saturday Night Fever, le disco était mort, puis d’un coup c’était de nouveau à la mode – c’est pareil avec le film d’Al Gore’. ‘L’important, continue-t-il, c’est d’inspirer les gens, pas de leur donner mauvaise conscience’. N’empêche, comparer Une Vérité Qui Dérange à Saturday Night Fever, il fallait quand même oser.

L’idée essentielle que Schwarzenegger a parfaitement maîtrisée, c’est que la lutte contre le changement climatique n’impliquait pas de contraintes très lourdes ni une baisse du niveau de vie. Et il a aussi, et surtout, compris que les énergies alternatives et la lutte contre le changement climatique représentaient une formidable opportunité économique, et qu’il avait bien l’intention de la saisir.

Il a déjà commencé: le niveau des émissions de gaz à effets de serre de la Californie est maintenant comparable à celui du Danemark. Il souhaite les réduire encore de 80 pc d’ici 2050. Il a établi, avec quatre Etats voisins, un marché des quotas d’émissions, comparable à celui en place dans l’Union européenne. Il est convaincu que les énergies alternatives sont le troisième pilier sur lequel doit reposer l’économie californienne, après l’industrie du divertissement et la Sillicon Valley. Et il veut même réserver la grande autoroute du Pacifique aux véhicules équipés de moteurs à hydrogène.

On s’est beaucoup moqué d’Arnold Schwarzenegger quand il est entré en politique. On a eu tort. Il a compris un principe essentiel, que Time ne manque pas de souligner: ‘good economic policy, over the long term, is always the same as good environmental policy’. Et comme il le dit lui-même, tout homme politique qui négligera ce principe verra son élecorat ‘fondre aussi rapidement que les glaces de l’Arctique: le courage politique, ce n’est pas un suicide politique’. Cet homme-là a tout compris.

Catégories : Changement climatique · Politique

6 réponses jusqu'à présent ↓

  • links for 2007-05-11 : Blogging The News // 10 mai 2007 à 8:25 | Répondre

    [...] Schwarzenegger, l’homme qui avait tout compris « Sportsman’s Paradise “Il ne tarit pas d’éloges sur Al Gore, dont il compare le film à Saturday Night Fever: ‘avant Saturday Night Fever, le disco était mort, puis d’un coup c’était de nouveau à la mode – c’est pareil avec le film d’Al Gore’ (tags: environnement USA Schwarzenegger) [...]

  • JR // 15 mai 2007 à 7:55 | Répondre

    Comme quoi l’environnement, c’est pas de la gonflette.

    Tu le croise quand le grand garçon? Il n’est pas au programme de tes rencontres politico-environnementales?

    Cela devient vraiment interessant qu’un type comme lui puisse crédibiliser l’eneju environnemental au travers d’actes, de prises de décision et d’exécutions crédibles.

    Le vrai défi ce n’est pas de conscientiser à l’enjeu environnemental mais bien de convaincre de la crédibiliter des choix et comportements alternatifs.

    Maintenant, attention, même à l’hyfrogène, un Hummer gêne.

    Tu vas bien?

    Jean-Ro

  • François // 18 mai 2007 à 7:36 | Répondre

    Très bien, je te remercie. Et effectivement, l’enjeu de la conscientisation est sans doute gagné. Il faut maintenant convaincre de la crédibilité des choix qui en découlent, et Schwarzegger fait cela fort bien… sans doute parce qu’il en est lui-même convaincu.

  • JR // 5 juillet 2007 à 2:24 | Répondre

    Aaah… Même si tu es supposé être en ces lieux pour des raisons professionnelles, je ne peux réprimer un sentiement de jalousie motivé par la nécessité d’exotisme qui relève plus des vacances en tant que telles. La difficulté d’oser encore monter dans un avion ces derniers temps tenant à un exces de conscience et de culpabilité conditionnée, est un poison. Plus rien ne semble pouvoir convaincre Caro de prendre encore l’avion pour un séjour de type vacances. C’est donc évidement là la solution, voyager pour les affaires, mieux pour les affaires de la terre, pas simplement l’enrichissement personnel mais bien pour oeuvrer à la sauvegarde du bien commun. Je pourrais alors suivre tes pas…Profite en donc un max et déjà à la bière que nous partagerons à ton retour.

  • François // 9 juillet 2007 à 6:26 | Répondre

    Oui, c’est un vrai problème, ça, Jean-Ro, je comprends bien… Evelyne ne veut pas t’envoyer quelque part ?

    Ceci dit, même si ce n’est pas très politiquement correct, je ne suis pas partisan de cette approche ‘culpabilisatrice’, et je pense qu’une approche volontariste comme celle de Schwarzenegger a plus de chances de succès. Je ne crois pas qu’il soit utile, ou souhaitable, de convaincre les gens de renoncer à certaines de leurs activités ; je pense qu’il est plus utile de les convaincre d’accomplir ces activités autrement. C’est la raison pour laquelle je ne crois pas du tout aux théories de la décroissance, et c’est aussi la raison pour laquelle je crois profondément aux énergies et aux technologies alternatives. Je te conseille d’utiliser cet argument-là pour convaincre Caro ;-)

  • Navtej Kohli // 1 février 2008 à 5:47 | Répondre

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