Nouvelles de l’eau qui monte

Entrée de mai 2007

Thalassa

25 mai 2007 · Un commentaire

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Il y a environ un mois, j’ai été contacté par le magazine ‘Thalassa’ : il préparaient une émission spéciale sur le changement climatique, et voulaient savoir si j’étais d’accord d’être interviewé au sujet des ‘réfugiés climatiques’. Eux pensaient me demander une grande faveur, tandis que j’étais au contraire bien content qu’ils donnent ainsi une telle publicité à mes recherches : autant dire que l’interview s’est arrangée rapidement.

Il y a trois semaines, on a donc tourné l’interview dans des studios près de la Tour Eiffel. Comme c’était un peu une première pour moi, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, et je dois dire que c’était assez particulier. On m’a dit de m’asseoir sur un tabouret, devant un fond noir (‘pour que le téléspectateur soit concentré uniquement sur ce que vous dites’ ;-) ), et la journaliste a tout de suite commencé à me poser des questions. Je pensais que la séance allait durer une dizaine de minutes, mais au final, je suis resté plus d’une heure trente sur ce tabouret. L’ennui, c’est que si au début on fait fort attention à tout ce que l’on dit, et à la manière dont on le dit, au bout d’une heure c’est plus fort que soi : on parle normalement en racontant n’importe quoi et en articulant un mot sur deux. Il faut dire aussi que votre chemise qui devient plus humide au fil des minutes, sous la chaleur des spots, ne contribue pas vraiment à la qualité de votre élocution.

Bref, l’émission passe ce soir à 20h55 sur France 3, et je suis un peu anxieux de voir le résultat. Surtout, je suis anxieux de voir quelles sont les quelques minutes que la production aura conservées sur les 90 minutes de conversation. Bon, on verra bien…

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La Turquie, l’Europe et l’Eurovision

20 mai 2007 · 2 commentaires

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Samedi dernier, j’ai regardé l’Eurovision avec Christine. Même quand la Belgique n’est pas qualifiée pour la finale (c’est-à-dire une année sur deux, voire deux années sur trois), j’éprouve toujours une grande fascination à regarder l’Eurovision. Ces dernières années, on avait un peu l’impression que le concours avait été confisqué par l’Europe de l’Est, et cette année n’a pas dérogé à la (nouvelle) règle, puisque c’est la Serbie, avec une chanson nulle et une chanteuse insupportable, qui l’a largement emporté.

A mon avis, d’autres pays méritaient pourtant bien davantage de gagner: la Roumanie avait un truc très drôle, la France présentait un chouette groupe, les Fatals Picards, qui couraient sur la scène, et l’Angleterre avait envoyé le groupe Scooch dans un décor d’avion, kitsch à souhait, qui aurait dû leur garantir la victoire – il paraît d’ailleurs que les Anglais ne se remettent pas d’avoir terminé avant-derniers. Bref, toujours est-il que l’Europe de l’Est a raflé toutes les premières places, tandis que les pays qui, avant, gagnaient toujours (l’Irlande, la France, l’Espagne,…) devaient se contenter des dernières places.

On a beau savoir que l’Union européenne de radio-télévision, qui organise le concours, n’a rien à voir avec l’Union européenne, on ne peut pas s’empêcher de trouver injuste que des pays ‘qui ne font même pas encore partie du club’ remportent ainsi les premières places avec une insolente arrogance. En même temps, il y a quelque chose de rassurant à voir qu’un pays comme la Serbie, qui était il y a 10 ans le pays le plus honni d’Europe, qui faisait la guerre à tous ses voisins, puisse maintenant remporter l’Eurovision avec l’aide de ces mêmes voisins.

Le problème, c’est que les pays de la ‘vieille’ Europe sont exaspérés de toujours terminer dans la deuxième moitié du tableau, miantenant. Il faut dire que quand on regarde cette carte, c’est assez frappant. Les vieux pays ont donc commencé à mettre en cause le système de vote, et singulièrement le ‘block voting’, c’est-à-dire l’habitude qui consiste à voter pour ses voisins. Pour ceux qui ne maîtrisent pas bien le mode de scrutin de l’Eurovision, c’est assez simple: les téléspectateurs de chaque pays (et plus un jury comme avant) doivent envoyer un sms surtaxé avec leur vote, mais ils ne peuvent pas voter pour leur propre pays.

En Angleterre, cette contestation prend des proportions incroyables: des députés ont officiellement déposé une motion au Parlement demandant qu’on change le système de vote, un chercheur de l’Université de Surrey a prouvé scientifiquement que le ‘block voting’ faussait les résultats (son papier est fascinant, je vous en conseille la lecture), et j’ai même entendu un commentateur de la BBC affirmer que ‘même si les Beatles se reformaient aujourd’hui et chantaient Let It Be à l’Eurovision, il n’était pas sûr qu’ils gagneraient’. Il faut dire que, comme ce sont les Anglais qui inventé la pop, ils trouvent particulièrement exaspérant de terminer toujours dans les derniers. Un peu comme s’ils n’avaient plus gagné la Coupe du Monde de football depuis 1966.

Il faut reconnaître qu’il y a quelque chose d’un peu énervant à voir les pays scandinaves se donner systématiquement leurs voix, comme les pays baltes, les républiques de l’ex-URSS, ou la Grèce et Chypre. Quand on regarde le tableau des votes, il y a quand même des votes un peu plus surprenants: ainsi, la Turquie qui donne 12 points à l’Arménie, ou la Croatie qui donne ses 12 points à la Serbie. Pourquoi les ‘vieux’ pays ne pratiquent-ils pas, eux aussi, le ‘block voting’ ? Regardons à qui ils ont donné leurs 12 points. La France a donné ses 12 points à la Turquie. La Belgique aussi. Les Pays-Bas, quant à eux, ont donné leurs 12 points à … la Turquie. Et l’Allemagne a fait pareil. Et l’Angleterre, elle, a carrément donné ses 12 points à la Turquie. A l’heure où on débat beaucoup de l’entrée de la Turquie dans l’Europe, voilà une belle leçon de l’immigration. La chanson de la Turquie était nulle, au fait.

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Raffarin l’insoumis

18 mai 2007 · Laisser un commentaire

Je tombe aujourd’hui sur la vidéo d’une séance photo de François Fillon pour un (long) reportage du Monde. Au cours de la séance, le photographe, Olivier Roller, fait un peu de conversation au nouveau premier ministre. Il lui raconte notamment une séance de photos qu’il avait effectuée avec le premier ministre d’alors, Jean-Pierre Raffarin.

Au cours de cette séance avec Jean-Pierre Raffarin, le photographe s’adresse à son assistant, prénommé Raphaël, et lui demande: ‘Raph’, éteins la mumière, s’il-te-plaît!’ Le premier ministre se lève alors et se dirige vers l’interrupteur.

Je trouve que cette anecdote en révèle sans doute autant sur Jean-Pierre Raffarin que sur les rapports entre politiques et médias…

L’anecdote est racontée après environ une minute de vidéo – une vidéo par ailleurs intéressante en elle-même.

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Le bulletin des partis

15 mai 2007 · 3 commentaires

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Le Soir de ce matin s’est livré à un exercice amusant: noter les parlementaires belges francophones, sur une échelle de 0 à 10. La note est calculée selon une méthodologie un peu vague, qui intègre à la fois le nombre de propositions, de questions et d’interpellations déposées par les édiles, mais également leur connaissance des dossiers, leur charisme et leur influence. On peut évidemment contester la pertinence de noter ainsi les parlementaires, mais la lecture du dossier spécial du Soir livre quand même quelques enseignements intéressants sur l’un ou l’autre. Une nouvelle fois, je me désole de voir que le travail acharné de l’excellente Allison De Clercq en faveur des phoques ou du château de Monceau-sur-Sambre ne soit pas reconnu à sa juste valeur, puisque la jeune députée de Charleroi, qui incarne pourtant tous les espoirs d’une nouvelle génération idéaliste, est gratifiée d’un piètre 1/10, tout comme l’amusant Marc Wilmots.

Ce que Le Soir ne s’est évidemment pas risqué à faire, c’est une moyenne de ces notes, parti par parti. Juste avant les élections, on se trouverait là en terrain glissant, puisque cela reviendrait à admettre, au fond, que certains partis travaillent mieux que d’autres. Voilà ce que ça donne:

A la Chambre:         Au Sénat:          Au total*:

Ecolo: 7.62               cdH: 7.33            Ecolo: 7.33

cdH: 5.86                 Ecolo: 6.75         cdH: 6.30

MR: 5.52                  PS: 5.44               MR: 5.47

PS: 4.86                   MR: 5.35             PS: 5.01

Dont acte.

 

* Moyenne sur la Chambre et le Sénat cumulés, en donnant un poids équivalent aux députés et aux sénateurs.

Catégories : Politique

Schwarzenegger, l’homme qui avait tout compris

9 mai 2007 · 6 commentaires

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L’émission ‘Pimp My Ride‘, qui passe sur MTV, repose sur un concept assez simple: chaque semaine, une bande de mécaniciens transforment une vieille épave de voiture en un bolide futuriste. Puis l’adolescent qui est le propriétaire de la voiture va faire un tour pour épater tous ses copains. Le mois dernier, Arnold Schwarzenegger s’est invité dans l’émission, pour montrer comment on pouvait équiper une vieille Chevrolet Impala de 1965 avec un moteur à hydrogène de 800 cv, et lui faire atteindre 60 mph en 3 secondes. “That’s what I call cool”, a-t-il simplement déclaré en commentant la transformation de la voiture.

Que faisait donc Schwarzenegger sur MTV ? Selon ses propres termes, il allait montrer que les bio-carburants n’étaient pas juste ‘un truc de fillettes’. C’est aussi pour ça qu’il a fait équiper ses deux énormes Hummer à l’hydrogène et aux bio-carburants. Récemment, j’ai eu l’occasion de l’écouter, sur la chaîne publique américaine C-SPAN, à l’occasion d’un forum sur le leadership en matière d’environnement organisé par le magazine Newsweek: je dois avouer que j’ai été stupéfié. J’ai entendu un des meilleurs discours sur le changement climatique que j’aie jamais entendus – et pourtant, j’en ai entendus beaucoup. Schwarzenegger, ces dernières années, est devenu l’un des principaux avocats de la cause environnementale aux Etats-Unis, ce qui lui vaut cette année de figurer dans la liste des 100 personnalités les plus influentes du magazine Time. Lors du forum dont je parlais à l’instant, il développait sa vision du changement climatique: une menace, certes; un défi, sans doute; mais surtout une formidable opportunité économique. Pour lutter efficacement contre le changement climatique, dit-il, il faut d’abord rendre cette lutte ’sexy et attractive, pour que tout le monde veuille participer’. Il ne tarit pas d’éloges sur Al Gore, dont il compare le film à Saturday Night Fever: ‘avant Saturday Night Fever, le disco était mort, puis d’un coup c’était de nouveau à la mode – c’est pareil avec le film d’Al Gore’. ‘L’important, continue-t-il, c’est d’inspirer les gens, pas de leur donner mauvaise conscience’. N’empêche, comparer Une Vérité Qui Dérange à Saturday Night Fever, il fallait quand même oser.

L’idée essentielle que Schwarzenegger a parfaitement maîtrisée, c’est que la lutte contre le changement climatique n’impliquait pas de contraintes très lourdes ni une baisse du niveau de vie. Et il a aussi, et surtout, compris que les énergies alternatives et la lutte contre le changement climatique représentaient une formidable opportunité économique, et qu’il avait bien l’intention de la saisir.

Il a déjà commencé: le niveau des émissions de gaz à effets de serre de la Californie est maintenant comparable à celui du Danemark. Il souhaite les réduire encore de 80 pc d’ici 2050. Il a établi, avec quatre Etats voisins, un marché des quotas d’émissions, comparable à celui en place dans l’Union européenne. Il est convaincu que les énergies alternatives sont le troisième pilier sur lequel doit reposer l’économie californienne, après l’industrie du divertissement et la Sillicon Valley. Et il veut même réserver la grande autoroute du Pacifique aux véhicules équipés de moteurs à hydrogène.

On s’est beaucoup moqué d’Arnold Schwarzenegger quand il est entré en politique. On a eu tort. Il a compris un principe essentiel, que Time ne manque pas de souligner: ‘good economic policy, over the long term, is always the same as good environmental policy’. Et comme il le dit lui-même, tout homme politique qui négligera ce principe verra son élecorat ‘fondre aussi rapidement que les glaces de l’Arctique: le courage politique, ce n’est pas un suicide politique’. Cet homme-là a tout compris.

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