Nouvelles de l’eau qui monte

Entrée de avril 2007

Le Times-Picayune

25 avril 2007 · Un commentaire

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Le Times-Picayune est le journal local de La Nouvelle-Orléans. J’en parle ici parce que c’est un journal assez remarquable. Tout d’abord, son nom est assez bizarre : il provient de l’époque où le journal s’appelait encore ‘The Picayune’, simplement parce qu’il coûtait alors une picayune. Au XIXème siècle, une picayune était une pièce de monnaie espagnole en cours à La Nouvelle-Orléans, qui valait environ un seizième de dollar. Aujourd’hui, en argot, ‘picayune’ est un adjectif qui veut dire ’sans valeur’. Ce qui n’est pas le cas du Times-Picayune, qui coûte aujourd’hui 50 cents. Quoi qu’il en soit, je trouve ça amusant d’appeler un journal par son prix, un peu comme si le New York Times s’appelait le ‘New York Times-Dollar”.

En 1914, le Picayune a fusionné avec son rival, qui s’appelait bêtement ‘The Times’, et ça a donné le ‘Time-Picayune’. Puis, en 1980, le Times-Picayune a encore fusionné avec un autre canard, qui s’appelait le ‘States-Item’. Et de 1980 à 1986, les Néo-Orléanais ont lu un journal qui portait le nom improbable de ‘Times-Picayune-States-Item’. Puis ils ont pris la sage décision d’en rester à ‘Times-Picayune’.

Un autre aspect remarquable du Times-Picayune est son côté intégré : tout le journal est produit dans le même bâtiment, un grand immeuble en bordure de la ville, surmonté d’une tourelle avec une horloge. La salle de rédaction et l’imprimerie sont dans le même bâtiment, ce qui donne au journal un caractère particulier. Ca ressemble exactement à l’image que l’on se fait d’un journal américain : il y a des journalistes qui rentrent et qui sortent, on voit des camions sortir des entrepôts pour livrer des journaux, la salle de rédaction, enfumée, est un incroyable foutoir, il y a des gens qui courent partout, et même des vieux éditeurs qui portent encore des bretelles. J’ai eu la chance de pouvoir pénétrer dans le bâtiment plusieurs fois, pour y interviewer plusieurs journalistes, et la salle de rédaction me rappelait chaque fois pourquoi je voulais devenir journaliste, quand j’étais petit.

Mais le plus remarquable aspect du Times-Picayune, c’est sa couverture de Katrina, qui lui a d’ailleurs valu deux prix Pulitzer. Le 29 août, quand l’ouragan est arrivé, des dizaines de journalistes se sont réfugiés avec leurs familles dans les bureaux du journal, et ils ont continué à travailler. Ils ont dormi là, à terre. Le lendemain, l’eau a commencé à rentrer dans le bâtiment, et à monter. Quand ils ont eu de l’eau jusqu’aux genoux, ils se sont dit qu’ils ne pouvaient plus rester là. En plus, en face du journal se trouve une prison dont on venait de libérer les détenus, et ça devenait donc un peu dangereux. Alors, ils se sont tous entassés à l’arrière des camions de livraison du journal, et les camions ont roulé jusqu’à Baton Rouge. Et ils ont continué à produire le journal depuis l’ école de journalisme de LSU, qui se trouve à Baton Rouge. Comme l’imprimerie était sous eau (forcément, puisqu’elle était dans le même immeuble), ils ont publié le journal uniquement sur internet, en format pdf, pendant trois jours. Puis ils ont trouvé un accord avec un journal concurrent de Houma (une ville du Sud de l’Etat), qui a accepté d’imprimer également le Times-Picayune.

Ce qui est extraordinaire, dans cette histoire, c’est que le journal n’a pas cessé de paraître un seul jour. Au plus fort de la crise, alors que plus rien ne fonctionnait, alors que les journalistes avaient presque tous perdu leur maison, le journal continuait de paraître sur internet. Tous les journalistes à qui j’ai parlé m’ont raconté cette histoire avec une incroyable sobriété. Ils savaient tous qu’un jour, eux qui étaient habitués à couvrir l’actualité locale, cette actualité locale deviendrait globale. Ils y étaient parfaitement préparés, et ils ont juste fait ce qu’ils estimaient devoir faire. Ce qui me frappe, c’est à la fois la conscience qu’ils avaient de l’importance historique du travail qu’is faisaient, et la sobriété avec laquelle ils en parlent. Mark Schleifstein, un reporter du journal, a passé des heures à chercher avec moi les occurences du mot ‘réfugié’ dans la base de données du journal (il y a eu une controverse sur l’emploi du terme ‘réfugiés’ pour désigner les victimes de Katrina). Je lui ai demandé de me dédicacer son livre, et il a juste écrit : “François, remember us as we rebuild the city of New Orleans.”

J’imagine que c’est aussi pour ça que le Times-Picayune écoule chaque jour un peu plus de 300 000 exemplaires, dans une ville de 250 000 habitants. A titre de comparaison, Le Soir en écoule chaque jour trois fois moins, La Libre Belgique six fois moins.

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Louis Michel en campagne à Dakar

13 avril 2007 · Laisser un commentaire

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La mise en congé de Louis Michel confirme deux choses que l’on soupçonnait déjà: d’abord, que l’on s’ennuie ferme au Berlaymont. Ensuite, que Barroso est un président sans pouvoir: sérieusement, quel patron accorderait comme ça, sans sourciller, un mois de congé à l’un de ses employés pour qu’il aille faire campagne ?

Ce qu’on ne sait pas, par contre, c’est que Louis Michel était déjà en campagne à un meeting électoral à Dakar, le 2 avril dernier. Son ami Johan Van Hecke (qui, tiens donc, ne voit aucune objection à sa mise en congé) l’avait invité au sommet de l’ALDEPAC, qui est l’Alliance des Libéraux Démocrates pour l’Europe, le Pacifique, l’Afrique et les Caraïbes. Oui, j’ai pensé la même chose que vous : ça a l’air aussi folichon que l’Association des Amis du Château de Monceau-sur-Sambre, animée par l’excellente Alisson De Clercq.

Ce 2 avril dernier, Louis Michel était donc invité, en tant que Commissaire européen, à s’exprimer devant les compagnons de l’ALDEPAC. Plutôt que de discuter de l’Aide au Développement européenne, il a préféré recycler un speech de sa dernière campagne, sur le thème du… libéralisme social, bien entendu.

Le texte ressemble comme deux gouttes d’eau au Petit Livre Rouge de Mao, dans lequel on aurait remplacé le mot ‘communisme’ par ‘libéralisme’. Et comme Louis Michel est sympa, il a la gentillesse de poster cette douce apologie du libéralisme sur son site de Commissaire européen. Comme on l’espérait, on y trouve quelques passages assez désopilants. Le Commissaire européen estime ainsi que ‘jamais un courant de pensée politique n’avait été autant diabolisé’ que le libéralisme, qui est pourtant ‘la seule vision de la société qui ait à ce jour (…) donné la preuve de sa supériorité qualitative’ (page 2). D’ailleurs, c’est bien simple, le libéralisme a tout simplement ‘rendez-vous avec l’Histoire’ (page 6). Mais il ne se ‘décline pas de la même manière en Europe et dans les pays en développement. C’est une question de timing’ (page 10). L’important, c’est ‘l’optimisme de la liberté’ (page 15). Et le Commissaire européen de terminer par cette émouvante profession de foi: ‘Je suis libéral parce que je sais qu’au cœur de chaque être
humain brûle une flamme sans laquelle la vie serait absurde et n’aurait pas de sens’. (page 19).

Comme il le dit lui-même, voici la preuve que le Commissaire n’est pas asexué politiquement. La preuve aussi que la confusion des genres ne connaît pas de frontières.

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Une histoire d’e-mails

11 avril 2007 · Un commentaire

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Voici une histoire amusante sur nos amis les républicains. A l’époque de la présidence de Clinton, les républicains avaient accusé les démocrates d’utiliser leurs adresses e-mail officielles, ainsi que les ordinateurs de la Maison Blanche, pour mener campagne. Un peu comme Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy d’avoir utilisé les moyens du Ministère de l’Intérieur (comprenez: la police) pour mener campagne.

Quand les républicains ont enfin eu le droit d’utiliser à leur tour les beaux ordinateurs de la Maison Blanche, en 2000, ils ont pris garde à ne pas tomber dans leur propre piège : le Parti républicain a donc fourni à la garde rapprochée de Bush (à commencer par son âme damnée Karl Rove) des adresses e-mails, des ordinateurs et des Blackberrys (ou Blackberries ? quel est le pluriel de Balckberry ?) à utiliser pour leurs fonctions ‘non officielles’. Mais on imagine mal que Karl Rove, avant d’envoyer un e-mail à Bush pour lui demander s’il voulait aller boire une bière après le boulot, passe une heure à se demander s’il servait plutôt son pays ou son patron, et donc quel ordinateur et quelle adresse e-mail utiliser. Et ce qui devait arriver arriva : un conseiller, un jour, envoya un e-mail officiel avec son adresse e-mail non-officielle.

Du coup, les démocrates commencèrent à suspecter que l’administration Bush viole le Presidential Records Act, une loi de 1978 qui impose que toutes les communications gouvernementales, y compris les e-mails, soient enregistrées et archivées. Et donc, ils demandent à avoir accès à tous les e-mails envoyés à partir des ordinateurs et adresses e-mails non-officielles, et les républicains sont bien embêtés à l’idée de voir leurs petits secrets ainsi déballés au grand jour… Bref, voilà qui ressemble un peu à un problème sans fin, et qui pose d’intéressantes questions sur l’utilisation des moyens publics. Il faut dire que les démocrates, quand ils étaient au pouvoir, avaient fait fort sur la question de la transparence : on n’ignorait rien des activités de Clinton dans le bureau ovale…

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Mes réfugiés au journal de la RTBF

11 avril 2007 · Laisser un commentaire

D’habitude, quand les médias parlent d’un sujet qu’on connaît très bien, on est toujours un peu déçu du résultat: trop court, pas clair, biaisé, incomplet, … J’avais donc quelques appréhensions quand la présentatrice du journal parlé de la RTBF de samedi dernier a annoncé un sujet sur les réfugiés climatiques, mais j’ai été carrément stupéfait à l’écoute du sujet : j’avais rarement entendu un résumé aussi complet, synthétique et limpide de mon sujet de thèse.

C’est assez terrible à dire : depuis des années, je tente de trouver une formule claire et rapide pour expliquer à mes proches en quoi consiste ma thèse, et quels en sont les enjeux, et pourquoi c’est important, et voilà qu’un journaliste fait en 1 minute 30 la synthèse que je n’avais jamais réussi à faire… Pour tout dire, c’en est presque humiliant.

Bref, pour tous ceux qui se demandent ce à quoi je passe mon temps, il suffit d’écouter cet extrait d’1 minute 30. C’est terrible, quand on y pense…

Catégories : Changement climatique

Les chiffres de Katrina

11 avril 2007 · Un commentaire

Me voici donc de retour à La Nouvelle-Orléans pour une semaine, après quelques semaines en Belgique. La ville n’a pas beaucoup changé en mon absence. Par contre, et c’est un euphémisme, la ville est méconnaissable depuis Katrina. Le Times-Picayune, il y a peu, a publié quelques chiffres qui permettent de se rendre compte de l’ampleur du changement. Ainsi, la population de la ville, qui était de 437 200 habitants avant Katrina, avait chuté à 158 300 six mois après. Aujourd’hui, un an et demi après l’ouragan, seule la moitié de la population, 200 700 personnes, sont revenues. Cela veut dire qu’en un an, seuls 42 000 habitants ont décidé de revenir: la population a chuté de 54 %. La chute est encore plus spectaculaire dans le comté de Saint-Bernard, à l’est de la ville: ici, on est passé de 64 600 à 25 500, une chute de 61 %. Le nombre d’écoles et d’hôpitaux a chuté dans la même proportion: de 4000 à 2000 lits d’hôpitaux, et de 117 à 56 écoles publiques (64 000 élèves scolarisés dans les écoles publiques avant Katrina, 28 000 aujourd’hui). Chute encore plus spectaculaire pour les restaurants: on passe de 3718 à 1444, une chute de 61 %. C’est aussi pour cela que les gens ne reviennent pas…

D’autres secteurs semblent moins affectés: les hôtels (- 25 % seulement, de 276 à 208), le port (+ 2%, 654 000 tonnes contre 640 000 avant Katrina), et l’aéroport (- 17 %, 592 000 passagers contre 716 000 avant Katrina).

Mais les chiffres le plus sidérant, je trouve, se situe du côté des caravanes de la FEMA: après l’ouragan, la FEMA a commandé, dans l’urgence, plus de 100 000 caravanes, pour un montant de plus de 3 milliards $. Seules 66 000 ont effectivement été utilisées, et 45 000 le sont toujours aujourd’hui. Ce qui veut dire que pour deux tiers des gens qui ont reçu une caravane comme logement provisoire, ce logement est en train de devenir permanent. Et pourquoi cela ? Simplement parce que le programme chargé de permettre aux gens de reconstruire leur maison, le Road Home Program, n’a pour l’instant réussi à traiter que 3000 des 112000 dossiers reçus… Ah, si seulement Léon Casaert était là…

Catégories : Katrina · New Orleans