Depuis quelques jours, tout le monde ne parle plus que de cela : après Katrina, les pompes qui étaient censées pomper l’eau hors de la ville en cas d’inondation étaient défectueuses, et l’Armée le savait. C’est l’Associated Press qui a levé le lièvre, et depuis lors, le scandale n’en finit plus d’enfler.
Au corps du scandale se trouve le ‘Corps of Engineers‘ (la division du génie) de l’Armée américaine. C’est le ‘Corps’ qui avait (très mal) installé les premières digues et les premières pompes. Lors de Katrina, les digues défaillantes ont rompu, et trois mètres d’eau se sont déversés dans la ville. J’ai vu ces digues, et je pense sincèrement que les châteaux de sable que je construisais sur la plage quand j’étais petit étaient plus résistants.
Mais, alors que l’eau aurait dû être rapidement évacuée par les pompes, elle est restée trois semaines. Les pompes sont tombées en rade, et si les Allemands et les Hollandais ne s’étaient pas pointés avec des pompes de secours (après que Bush avait refusé leur aide une première fois), on aurait pu attendre que l’eau s’évapore. Autant vous dire que quand vous avez trois mètres d’eau dégueulasse dans votre maison pendant trois semaines, il ne reste plus grand’chose de votre maison après.
Bush avait donc promis, après l’ouragan, qu’on allait reconstruire les digues et installer de nouvelles pompes illico. Et qui avait-il chargé de cette mission ? Le Corps of Engineers, évidemment. Autant dire que les habitants, qui tenaient (à juste titre) le Corps pour responsable de l’inondation, étaient ravis, et remplis de confiance dans leur Armée. En toute hâte, puisqu’il fallait être prêt pour la saison 2006 des ouragans, qui commence début juin, le Corps a donc acheté 34 pompes à une société de Floride, Moving Waters Industries, et les installées le long des canaux.
Le problème, c’est que les pompes étaient usagées et ne fonctionnaient pas bien : en cas de Katrina bis, la ville aurait été à nouveau sous eau pendant trois semaines, l’année dernière. Et l’Armée le savait ! Mais, comme l’Armée fait dans ces cas-là, elle n’a rien dit, a installé les pompes, et a prié pour qu’il n’y ait pas gros ouragan. C’est donc l’Associated Press qui a révélé toute l’affaire il y a quelques jours. Aux Etats-Unis, ils ont peut-être une armée nulle, mais ils ont de bons journalistes.
Mais on apprend maintenant que la société qui a vendu les pompes (pour 27 millions $, quand même) était liée à Jeb Bush, gouverneur de Floride et frère de George : il y a quelques années, Jeb Bush était même carrément un associé de Moving Waters Industries. Et on apprend aussi que cette même société avait déjà arnaqué le Nigéria en 2002, avec une transaction similaire, pour 74 millions $ : ils avaient des pompes défectueuses, et pas nécessaires. Autant dire que c’est maintenant l’outrage généralisé, et que tout le monde veut une commission d’enquête du Congrès sur l’affaire (tiens, il font aussi des commissions d’enquête, comme en Belgique). On raconte aussi que l’argent de Katrina aurait servi à acheter une villa pour le maire à Carcassonne, mais ça, ce n’est encore qu’une rumeur, à ce stade.
L’homme qui est au coeur du scandale s’appelle Jeffrey Bedey. C’est le colonel qui est le commandant du ‘Corps’ pour La Nouvelle-Orléans, et qui est donc chargé de superviser l’installation des nouvelles digues et des nouvelles pompes. Sincèrement, je pense que c’est l’un des individus les plus stupides qu’il m’ait été donné de croiser (et pourtant, j’ai vu Richard Virenque, il n’y a pas longtemps). J’ai eu l’occasion de rencontrer Jeffrey Bedey, il y a quelque temps, après un ‘community meeting’ (une réunion de quartier) où il expliquait aux habitants du Lower 9th Ward comment leur quartier allait désormais être protégé par les pompes et les digues que ses soldats étaient en train d’installer. Les habitants n’avaient pas manqué de lui faire savoir, et vertement, qu’ils n’avaient absolument pas confiance en lui, et qu’on aurait dû faire appel aux Hollandais plutôt qu’à l’armée. Tout ce que Bedey trouvait à dire, c’est que l’Amérique était ‘the greatest nation in the world’, et que son armée était la meilleure du monde, et qu’il fallait avoir confiance, tout ça. Après la réunion, je lui avais posé quelques questions, et je lui avais demandé s’il pensait vraiment tout ce qu’il racontait, ou si c’était juste des trucs qu’il disait pour remonter le moral des gens. Il m’avait dit qu’il le pensait vraiment.







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