Nouvelles de l’eau qui monte

Le mystère des fax

11 février 2007 · Laisser un commentaire

C’est une règle immuable de la théorie du désastre: toute catastrophe de grande ampleur est immédiatement suivie d’un lot de mystères, d’énigmes et de théories conspirationnistes. Par exemple, lors du 11 Septembre, on avait donné beaucoup de publicité à la théorie d’un sombre individu qui prétendait qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone.

Katrina n’échappe pas à la règle, et, aujourd’hui encore, on discute sans fin de ce que l’on a entendu, de ce que l’on croit, de ce qui se dit… Une théorie à la mode, par exemple, est celle du dynamitage des digues. Une partie de la population noire est ainsi convaincue que l’armée a fait sauter les digues pour engloutir les quartiers noirs et préserver ainsi les quartiers du Vieux Carré et d’Uptown, qui sont des quartiers historiques habités essentiellement par des blancs. Le but final de la manoeuvre étant évidemment de chasser les noirs hors de la ville. C’est une théorie que propagent notamment des gens comme l’activiste Louis Farrakhan ou le cinéaste Spike Lee – par ailleurs auteur d’un remarquable documentaire sur Katrina -, et qui se fonde sur un précédent de 1927, où, lors d’une grande crue du Mississippi, il avait effectivement été décidé d’inonder volontairement un quartier périphérique pour sauver des eaux le reste de la ville. Par contre, personne n’a été capable d’expliquer pourquoi des quartiers blancs et riches comme Clearview ou Bywater ont également été inondés.

Une autre idée à laquelle il faut tordre le cou, et qui est pourtant très répandue en Europe, est celle d’un terrible ouragan qui aurait détruit la ville. En réalité, la ville a subi relativement peu de dégâts directement consécutifs à l’ouragan : des toits arrachés et des arbres abattus pour l’essentiel. Katrina est passé 15 miles (environ 23 km) à l’ouest de La Nouvelle-Orléans, et n’était plus alors qu’un ouragan de catégorie 3 – ce qui donne des vents d’une vitesse de 200 km/h environ. Ce qui a détruit la ville, c’est l’immense vague que l’ouragan a créée dans le Golfe du Mexique (c’était alors un ouragan de catégorie 5), et qui a fait monter le niveau du lac Pontchartrain de plus de 3 pieds (environ 1 mètre), provoquant ainsi la rupture des digues. C’est ce qui fait dire aux experts que Katrina était loin, très loin, d’être le ‘worst-case scenario’. Qu’est-ce qui peut être pire qu’une ville détruite à 75 p.c., avec 2000 morts ? Eh bien, une ville détruite à 100 p.c., avec 50000 morts, par exemple. C’est ce que provoquerait un ouragan de catégorie 5 qui s’abattrait directement sur la ville.

Que viennent faire les fax dans tout cela ? Eh bien, c’est le mystère que je n’ai pas encore résolu. Au plus fort du désastre, alors que plus aucun téléphone ne fonctionnait, que les stations de télévision locales ne parvenaient plus à émettre, que les téléphones portables étaient tous en rade, les fax continuaient à fonctionner comme si de rien n’était. Bizarrement, c’est quelque chose qui s’était déjà produit à New York lors du 11 Septembre. Or, que je sache, les fax utilisent les mêmes lignes que les téléphones, non ? J’aimerais qu’on m’explique.

Catégories : Katrina · New Orleans

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