Il y a quinze jours, le Los Angeles Times se faisait l’écho de la situation dans les camps de réfugiés du HCR à Dadaab, à la frontière entre la Somalie et la Kenya. L’article est intéressant à plus d’un titre, sur la forme d’abord. A l’heure où les Etats-Unis semblent avoir le plus grand mal à s’engager dans la perspective (toute proche) de Copenhague – c’est un euphémisme ! – il est intéressant que la presse américaine commence à s’intéresser à ces questions. (à suivre).
Au Kenya, des ‘réfugiés climatiques’ dans les camps du HCR
9 novembre 2009 · Laisser un commentaire
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Tuvalu dans Le Monde
9 juin 2008 · Laisser un commentaire
Un excellent papier sur Tuvalu dans Le Monde de ce soir. La grande originalité du papier est de se pencher sur la situation des Tuvaluens expatriés à Auckland, plutôt que sur le cas de ceux qui habitent toujours l’archipel. Ils sont déjà 3000 à avoir migré: pour chercher du boulot, parce que leur famille habite là-bas, et de plus en plus, parce qu’ils ont peur de l’avenir…
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Les blogtrotters à Tuvalu
11 décembre 2007 · 2 commentaires
Il y a quelques semaines, j’ai été contacté par Tristan Mendès-France et Alban Fischer, les animateurs du site blogtrotters.fr. ‘Blogtrotters’ repose sur un concept assez simple, mais pourtant inédit, en tout cas à ma connaissance: il s’agit d’un vidéo-blog participatif, où les internautes peuvent directement interpeller Tristan et Alban sur leurs sujets d’enquêtes, pendant qu’ils réalisent celles-ci. Si ça a l’air un peu compliqué comme ça, allez voir leur site, et vous comprendrez vite.
Quel rapport avec moi ? Le prochain projet des Blogtrotters avait lieu à Tuvalu, et Tristan et Alban souhaitaient me rencontrer dans le cadre de la préparation de leur voyage. Ce fut aussi pour moi l’occasion de découvrir leur projet, que j’ai trouvé très original et intéressant, notamment en ce qui concerne les manifestations du concept de mémoire collective. Bref, ceci pour dire qu’ils sont maintenant arrivés à Tuvalu, et que vous êtes invités à participer à leur reportage ici. C’est aussi une belle occasion d’interagir plus directement avec les habitants de Tuvalu.
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L’Université du Pacifique Sud
26 août 2007 · 2 commentaires
Pendant mon séjour à Tuvalu, et aussi un peu à Fidji, j’ai utilisé les facilités de l’Université du Pacifique Sud (University of the South Pacific, USP). J’avoue que j’avais un peu de mal à croire qu’il y ait un campus universitaire à Tuvalu, mais il y a bel et bien un petit bâtiment, avec quelques bureaux, une salle de cours, une petite bibliothèque et une salle informatique. Cela tient à une caractéristique assez unique de l’USP: elle possède des campus dans douze pays du Pacifique Sud. A ma connaissance, c’est la seule université présente dans plusieurs pays à la fois. Je sais que la plupart des grosses universités américaines, et même certaines universités européennes, ont des campus un peu partout dans le monde, pour des raisons essentiellement commerciales. Mais l’USP est différente: elle est gérée conjointement par douze pays du coin, qui sont tous, à part Fidji, des petites îles en développement (Small Island Developing States, SIDS). Le campus principal est situé à Fidji, dans la capitale Suva, mais chaque pays possède aussi un petit campus qui fait office de succursale locale. En gros, les étudiants qui ont la chance d’avoir une bourse (c’est la Nouvelle-Zélande qui paie) peuvent venir étudier à Fidji, tandis que les autres peuvent faire leurs études à distance, avec des cours sur internet, dans les ‘petits’ campus locaux. En ce sens, je trouve que l’USP est assez remarquable. En tout, l’USP compte environ 15 000 étudiants, soit autant que l’ULg. Tuvalu compte une dizaine d’étudiants sur le campus de Funafuti, mais beaucoup plussur le campus principal de Laucala, à Fidji.
Les bourses d’études qui permettent aux étudiants d’étudier sur le campus de Laucala sont assez conséquentes, puisque l’étudiant embarque toute sa famille avec lui à Fidji. En Belgique, les étudiant supplient leurs parents de leur payer un kot (logement d’étudiant) pour pouvoir enfin ‘être indépendants’ (moyennant lessive et support financier hebdomadaires); à Tuvalu ils emmènent leur famille avec eux. C’est comme ça. L’USP est d’ailleurs une des principales sources d’immigration à Fidji. C’est sans doute aussi pour ça que l’USP a instauré le principe du ‘compassionate pass’, qui est aussi, à ma connaissance, assez unique. Le principe du compassionate pass est un peu sinistre, mais très simple: si un étudiant qui doit présenter un examen a un décès dans sa famille dans les trois jours précédant l’examen, il réussit automatiquement l’examen, moyennant la présentation d’un certificat de décès en bonne et due forme. Ou alors il a le droit de demander à représenter l’examen. Ce qui est assez étonnant, c’est que ce système est complètement formalisé: il y a toute une série de conditions, le certificat de décès doit être fourni dans un délai raisonnable, et le nombre de compassionate passes est limité – sans doute pour éviter que des étudiants en détresse ne déciment leurs familles.
Outre quelques locaux, les professeurs et chercheurs de l’USP sont pour la plupart australiens ou néo-zélandais. Tous m’ont dit qu’ils rencontraient ici une difficulté particulière: convaincre leurs collègues restés au pays qu’ils n’étaient pas en vacances, mais qu’ils travaillaient vraiment. A les entendre, c’était un réel problème : même si Suva, la capitale de Fidji, n’est absolument pas touristique, loin des plages et très pluvieuse, on s’imaginait toujours que l’USP était une sorte de bar de la plage. A mon avis, c’est un problème que doivent aussi rencontrer les chercheurs de l’Université de Hawai’i.
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Le village qui voulait être un Etat
23 août 2007 · Laisser un commentaire
Voilà maintenant quelques semaines que j’ai quitté Tuvalu, et je continue maintenant la recherche avec les Tuvaléens expatriés en Nouvelle-Zélande (à Auckland, surtout). Entre les deux, il y a eu Fidji et l’Australie, j’y reviendrai. Avant de passer à la suite, et avec un peu plus de recul, je voulais partager quelques impressions finales, à défaut d’être définitives, sur Tuvalu.
Un aspect qui m’a particulièrement frappé, c’est le soin inouï que mettait Tuvalu au respect du protocole. Un ambassadeur en visite à Tuvalu ? On lui colle une voiture officielle surmontée d’un petit drapeau de son pays, pour parader dans toute l’île. C’est d’un ridicule consommé, mais à Tuvalu, on sait recevoir. Vous demandez à voir un ministre ? On vous fait voir des conseillers, des secrétaires, des sous-ministres, puis quelqu’un se décide à appeler le ministre, qui vous reçoit bien sûr dans la minute. Vous demandez à voir un plan gouvernemental de lutte contre les effets du changement climatique ? On vous répond que le document n’est pas encore formellement approuvé par le gouvernement, qu’il est encore confidentiel, et qu’on vous l’enverra dès que l’embargo sur le document sera levé. Par contre, si vous interrogez le ministre de la santé sur la question du SIDA à Tuvalu, il vous répond en vous donnant les noms et adresses des neuf personnes infectées par le VIH sur l’île. La population de Tuvalu n’est que de 10 000 habitants, son territoire n’est que de 26 km2, maisl’important, c’est de faire comme si.
Tuvalu a obtenu son indépendance très rapidement, en deux ans seulement, en 1978. On a presque l’impression que le Royaume-Uni cherchait à s’en débarrasser. Son économie est totalement artificielle: Tuvalu dépend quasiment exclusivement de l’aide internationale. Ses habitants, pourtant, sont farouchement attachés à l’indépendance du pays. C’est bien davantage qu’un simple attachement à la terre. L’aspiration des peuples à leur souveraineté, à Tuvalu ou ailleurs, même si le pays ne peut survivre que grâce à l’aide internationale, m’a toujours troublé.
Reste qu’aujourd’hui, le gouvernement doit régler un délicat dilemme: comment poursuivre le développement de Tuvalu tout en préparant la perspective de sa disparition ? On sent bien, chez les officiels du gouvernement, une grande réticence à éviter le scénario du pire, la disparition du pays. En même temps, si ce scénario n’est pas envisagé, Tuvalu risque bien de se retrouver un jour, au propre et au figuré, le bec dans l’eau. Mais préparer l’évacuation de la population, c’est aussi, quelque part, reconnaître que tous les projets d’infrastructure pourraient être menés en vain, que toute l’aide au développement pourrait atterrir dans un puits sans fond. Et ça, pour tous les gouvernements du monde, même les plus petits, ce n’est pas à évident à admettre.
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Le Vaiaku Lagi Hotel, ses 16 chambres et ses 28 employés
25 juillet 2007 · Laisser un commentaire
Il n’y a qu’un seul hôtel à Tuvalu, c’est le Vaiaku Lagi Hotel. En réalité, il existe aussi des pensions (comme le Filamona Lodge) qui sont beaucoup plus confortables que l’hôtel, mais le Vaiaku Lagi aime se prévaloir de son titre d’unique hôtel du pays. Il faut dire que ça lui attire une clientèle garantie, puisque de nombreux voyageurs, convaincus que c’est le seul (ou le meilleur) hébergement à Funafuti, s’y rendent benoîtement à leur descente d’avion. Le Vaiaku Lagi Hotel est donc, par la force des choses, l’endroit où se retrouvent, le soir, la plupart des étrangers.
Il n’y a pas beaucoup d’étrangers à Tuvalu, c’est un euphémisme. Qui sont-ils ? Il y a quelques touristes, qui ne sont pas nombreux et souvent bizarres. Par exemple, cet Américain du Michigan qui est arrivé et reparti le jour même, par le même avion : il voulait juste poser le pied dans tous les pays du monde, mais n’avait pas trop le temps de visiter … La plupart des étrangers, en fait, sont des coopérants ou des diplomates. En trois semaines, le Vaiaku Lagi Hotel a ainsi reçu la visite des ambassadeurs du Japon, d’Autriche et des Etats-Unis à Fidji. On a donc hissé au mât de l’hôtel un drapeau japonais puis un drapeau américain (je suppose qu’ils n’avaient pas de drapeau autrichien) pour saluer la venue des ambassadeurs. Il y a aussi quelques chercheurs, qui travaillent sur la montée des eaux, les rites et coutumes tuvaléens, et même sur les migrations. Et puis enfin, il y a des volontaires, qui sont là depuis bien trop longtemps, et qui sont généralement devenus alcooliques depuis.
L’hôtel, comme beaucoup de choses à Tuvalu, est la propriété du gouvernement. Et comme le gouvernement est quasiment le seul employeur du pays, et qu’il faut faire travailler un maximum de gens, on n’a pas lésiné sur le personnel: 28 employés pour 16 chambres ! D’accord, certains sont à temps partiel… Le prix des chambres est plutôt cher (pour Tuvalu) : 85 dollars australiens (50 euros environ) pour un confort qui voisine vaguement avec les deux étoiles… Le restaurant de l’hôtel, par contre, pratique des prix anormalement bon marché. Pour 4 dollars australiens, on peut avoir du poisson avec du riz, ou du poulet avec des patates. Ou alors du poisson avec des patates, ou encore du poulet avec du riz… Le faible coût des plats n’a d’égal que la variété de ceux-ci… Tous ces plats sont évidemment à commander directement en cuisine, car malgré les 28 employés, il faut reconnaître que le service aux tables laisse un peu à désirer.
La dernière trouvaille de l’hôtel, c’est d’organiser, tous les mercredis soirs, une soirée buffet et danses traditionnelles. Le concept est vieux comme le monde : on fait danser quelques membres du personnel en costumes traditionnels, on décline les plats habituels en buffet, et on fait payer le prix fort (15 dollars, plus de trois fois le prix d’un repas normal !) aux étrangers émoustillés de s’offrir ainsi un peu d’exotisme bon enfant. Après le show, les danseurs viennent évidemment chercher les membres du public pour danser avec eux. Mercredi dernier, je suis parvenu à me faire embrigader, en compagnie de l’ambassadeur américain en tournée d’adieu, d’un couple de milliardaires canadiens, d’une volontaire arménienne, et d’un consultant en fiscalité internationale qui réformait le système fiscal de Tuvalu après avoir réformé celui de l’Afghanistan – un mercenaire des impôts, somme toute. Tout ça est devenu vraiment drôle quand la sono a commencé à cracher les premières notes de Agadou dou dou. Voir tout ce petit monde danser sur ce vieux tube que même les boîtes les plus ringardes n’osent plus passer, ça valait le detour.
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L’ambassadeur et l’anthropologue
19 juillet 2007 · 2 commentaires
Hier et aujourd’hui, j’ai rencontré deux types qui revenaient chacun, à leur façon, de très loin. Le premier s’appelle Enele Sopoaga, c’est lui qui est sur la photo. Enele Sopoaga a été le premier ambassadeur de Tuvalu aux Nations Unies, de 2001 à 2007. C’est avec lui que je me suis un jour retrouvé coincé dans un ascenseur à l’ONU, à l’hiver 2001, alors que j’y effectuais un stage. C’est lui qui, le premier, m’a parlé de Tuvalu et des ‘réfugiés environnementaux’. A l’époque, je ne savais même pas que Tuvalu existait, ni que des gens étaient déplacés à cause du changement climatique. Même si ça paraît un peu étrange de le formuler en ces termes, ce que je fais aujourd’hui a été déterminé, très largement, par cette rencontre fortuite dans un ascenseur en panne. Par un curieux hasard, il se trouve que le mandat d’Enele Sopoaga est arrivé à échéance récemment, et qu’il vient de rentrer à Tuvalu, la semaine dernière. Nous ne nous étions jamais revus depuis, et je l’ai rencontré hier soir. Il m’a même fait la gentillesse de faire semblant de se souvenir de moi (à cause de ma voix, a-t-il prétendu). Comme vous vous en doutez, ça m’a fait quelque chose de revoir le type qui avait décidé, sans le savoir, de ce que j’allais pendant quatre ans de ma vie.
C’est quelqu’un d’assez extraordinaire, comme j’en ai rencontré assez peu dans ma vie (bon, quelques uns quand même, mais pas des centaines). Il y avait quelque chose de touchant à le voir discuter des enjeux du changement climatique au milieu des caisses de son déménagement. Il est rentré avec toute sa famille, après 7 ans à New York. Ses filles ont étudié dans une université du New Jersey, et parlent avec l’accent américain. Il est maintenant Secrétaire aux Affaires étrangères dans un gouvernement qui, je le crains, comprend beaucoup moins bien que lui tous les enjeux internationaux du changement climatique. Je ne sais pas trop comment il parviendrait à se réadapter. Il m’a juste dit qu’il était très content d’être de retour, même si New York lui manquerait un peu.
L’autre revenant est autrichien, il est étudiant en Master d’anthropologie à l’Université de Vienne, et je ne connais pas son prénom. Si vous avez des enfants qui vont rentrer à l’université, je vous déconseille vivement de les laisser faire l’anthropologie à Vienne: ils envoient leurs étudiants dans des endroits tout à fait improbables. Car Tuvalu ne présente pas seulement un intérêt pour les chercheurs qui s’intéressent au changement climatique; c’est aussi un paradis pour anthropologues. Cet étudiant autrichien a donc eu l’idée de passer trois mois sur l’île de Niualakita. J’ai déjà dit combien il était difficile d’accéder aux autres îles de Tuvalu, mais pour Niulakita, c’est carrément le parcours du combattant. Si les habitants de Funafuti, l’île principale, jouissent d’un certain nombre des bienfaits du confort moderne (télévision et corned beef, surtout), on peut affirmer sans risque que les conditions de vie à Niulakita sont plus… rustiques, disons. Niulakita est l’île la plus au sud de Tuvalu, à environ 200 kilomètres de Funafuti, et elle n’est habitée que par une trentaine d’habitants, selon le dernier recensement. Vous pensiez que ce genre d’endroit n’existait plus ? Détrompez-vous. Moi-même j’ai été surpris de l’apprendre.
En fait, au départ, Niulakita n’était pas habitée. D’ailleurs, Tuvalu signifie ‘groupe de huit (îles)’, et pas ‘groupe de neuf’. Il y a quelques dizaines d’années, pourtant, des habitants de Niakulaelae, l’île voisine (enfin, voisine, à 100 kilomètres quand même), ont décidé d’aller habiter à Niulakita. Bizarrement, on n’a pas changé le nom de Tuvalu pour refléter ce changement. Ils sont donc une trentaine aujourd’hui, et dire que Niulakita est perdue au milieu du Pacifique est un euphémisme. Tous les trois mois, le gouvernement envoie un bateau pour apporter quelques vivres et s’assurer que Niulakita n’est pas devenue un site d’essais nucléaires. Et il y a trois mois, le bateau a aussi débarqué un anthropologue autrichien. J’imagine que les habitants ont dû être assez surpris. Et le bateau l’a donc récupéré il y a quelques jours, plutôt en piteux état. Il avait perdu une dizaine de kilos, contracté une volée de maladies et d’intoxications alimentaires, et était tellement épuisé qu’il a passé sa première nuit à Funafuti sur le pont du bateau. Sincèrement, je pensais que ça n’existait plus depuis longtemps, ce genre de mission anthropologique chez les ’sauvages’. Manifestement, je me trompais.
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Marée basse et marée haute
18 juillet 2007 · Laisser un commentaire
Avant d’arriver ici, je n’imaginais pas qu’un lagon pouvait avoir des marées. Je pense que j’associais les marées aux vagues, et donc je n’imaginais pas trop qu’il puisse y avoir des marées sur un plan d’eau aussi calme qu’une mer d’huile. Pourtant, je vous assure qu’il y en a. Je suis même très frappé de voir la différence entre marée haute et marée basse. Les deux photos ci-dessus ont été prises le même jour: la première vers 8h30, la seconde vers 17h. Et je trouve que, tout de suite, on comprend mieux pourquoi, si l’eau monte encore de quelques dizaines de centimètres, ça ferait une grosse différence…
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Tuvalu et Taiwan sont sur un bateau…
16 juillet 2007 · Laisser un commentaire
La ressource la plus fiable de Tuvalu, et aussi la plus rémunératrice, et de loin, c’est l’aide internationale. Tout le monde met la main à la poche et envoie quelques millions à Tuvalu: le Japon finance un hôpital, l’Australie offre une vedette de police, l’Union européenne supporte le Conseil des femmes de Tuvalu, l’Australie et la Nouvelle-Zélande cotisent dans un fonds de solidarité dont Tuvalu peut utiliser les intérêts à sa guise, etc. Mais le plus généreux donateur, et de très loin, c’est Taiwan.
D’ailleurs, le seul ambassadeur en résidence à Tuvalu, c’est celui de Taiwan. Je l’ai rencontré aujourd’hui, il s’appelle Daniel Liao et c’est un type assez marrant. Je n’ai pas osé lui demander si c’était une punition, dans le service diplomatique taiwanais, de se faire affecter à l’ambassade de Funafuti. Car, bien entendu, l’ambassadeur, lui, considérait son poste comme stratégique. Et s’il y a une qualité qu’il faut lui reconnaître, c’est un certain sens des affaires : le changement climatique, pour lui, n’est pas une fatalité mais une opportunité à exploiter. On dit que Tuvalu disparaîtra dans 30 ans? Pas de problème: en 30 ans, il y a moyen de gagner assez d’argent pour s’assurer un futur. Daniel Liao a ainsi conseillé au Ministre du Tourisme de promouvoir la disparition prochaine de Tuvalu comme argument touristique majeur : une dernière chance de voir Tuvalu avant liquidation générale… Autre idée de l’ambassadeur: faire du leasing avec les petits îlots inhabités. Il est convaincu que Bill Gates serait intéressé de posséder son propre îlot au milieu du Pacifique.
Si Taiwan est si généreux envers Tuvalu, c’est d’abord parce que Tuvalu est l’un des rares pays à reconnaître la souveraineté de Taiwan. A en croire l’ambassadeur, il y a ainsi 24 Etats, généralement des petits pays en développement, à avoir fait le pari de se fâcher avec la Chine et de reconnaître Taiwan. Et en échange, Taiwan sait évidemment se montrer très généreux. Taiwan envoie chaque année à Tuvalu 5 millions USD, en plus des nombreux projets gracieusement financés: le bâtiment des services du gouvernement, l’hôtel, le potager, etc. Malgré tout, l’ambassadeur se défend de pratiquer la ‘diplomatie du chéquier’ : la relation tuvalo-taiwanaise est avant tout une relation d’amitié, d’entraide mutuelle, et il n’est pas question pour Taiwan d’acheter Tuvalu à coups de millions en aide au développement…
L’après-midi, je suis allé voir le fameux potager que Taiwan a offert à Tuvalu. J’ai ainsi rencontré, au milieu de plants de concombres et de pommes de terre, un vieux Taiwanais qui s’échinait à faire pousser des légumes à côté des vagues du Pacifique. Et il faut dire qu’il y arrivait plutôt bien, malgré les vents, les marées, le taux de salinité des sols et les crabes. C’est le seul qui parvient à faire pousser des légumes sur l’île, et croyez-moi, il n’en était pas peu fier.
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Ségolène Royal et la presse à scandales
13 juillet 2007 · Un commentaire
Je me permets une petite digression sur Ségolène Royal: ça n’a rien à voir avec Tuvalu, mais je trouvais l’histoire intéressante. Ségolène Royal, en vacances en Corse avec sa fille, s’est fait photographier par des paparazzi de Paris-Match. Outrée, elle intente un procès, et réclame des dommages substantiels en même temps que le droit de passer des vacances tranquilles.
Pendant la campagne présidentielle, Ségolène Royal s’était également fait photographier en vacances par des paparazzi, cette fois pour VSD. Devant la pluie de commentaires flatteurs sur sa plastique, elle avait finalement renoncé à porter plainte, et on la comprend. Manifestement, elle a choisi une autre option cette fois-ci. Il faut dire que Paris-Match, c’est aussi le magazine où travaille Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande…
Que Ségolène Royal attaque Paris-Match, c’est de bonne guerre. C’est, après tout, un moyen pour les deux parties de gagner un peu d’argent sur le dos l’une de l’autre. Je suis d’avis que le public a le droit de savoir où et comment ses représentants passent leurs vacances, mais le débat n’est pas là. Ségolène Royal n’est pas la première à réclamer le respect de sa vie privée, et ne sera pas la dernière non plus. Le problème n’est pas là.
Le problème surgit quand on regarde les photos incriminées. Qu’y voit-on ? Ségolène Royal qui barbote dans l’eau, Ségolène Royal qui boit du jus de pastèque, Ségolène Royal qui lit Voici et Public. Elle a le droit de lire ce qu’elle veut en vacances (et même ailleurs qu’en vacances), et même des magazines à scandales. Ce qui est plus troublant, c’est qu’elle attaque un magazine à scandales pour des photos d’elle en train de lire des magazines à scandales… Peut-on vraiment vilipender les méthodes des magazines que l’on achète ? C’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité…
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Le charme discret de la bureaucratie
12 juillet 2007 · 8 commentaires
A quoi peuvent bien s’occuper les habitants de Tuvalu, sur une île où il n’y a pas la moindre industrie ni même un cinéma ? Certains ont ouvert leur propre magasin. En règle générale, ces magasins sont tous les mêmes : on y trouve une cinquantaine d’articles divers, dont une douzaine de variétés de corned beef. Il y a même deux supermarchés : on y trouve une centaine d’articles divers, dont une douzaine de variétés de corned beef. Il y a aussi des magasins plus spécialisés : deux stations-service, et même un loueur de DVDs auprès duquel je loue chaque soir quelques épisodes de ‘The West Wing’. Deux cyber-cafés. Un loueur de mobylettes. Deux bars, dont celui de l’hôtel. Trois pensions.
D’autres sont marins sur des cargos, et envoient chaque mois leur paie à leur famille. Il y a d’ailleurs, sur une île proche de Fongafale, une école de marine. Les marins formés à cette école sont assez appréciés sur les cargos japonais et chinois, dit-on. D’autres sont pêcheurs. Il arrive même parfois que certains se fassent attaquer par des requins, mais ça n’a pas l’air de nuire à la profession.
Mais beaucoup, mais alors vraiment beaucoup, sont simplement fonctionnaires. Le gouvernement est le plus employeur de l’île, dont il possède l’hôtel (nous aurons l’occasion d’y revenir), la banque, la bibliothèque et les archives nationales, l’aéroport, la compagnie maritime, le port, le bureau philatélique, et j’en passe. Pour tous les fonctionnaires, l’objectif ultime est d’obtenir un poste dans le saint des saints, le caprice des dieux : le nouveau complexe qui abrite les services du gouvernement, gracieusement financé par Taiwan. C’est un bâtiment tout à fait démesuré, qu’il a bien fallu remplir à coup d’engagements massifs. Comme l’aide internationale s’accompagne maintenant d’objectifs de bonne gouvernance (comme quoi, ce n’est pas un truc spécifique à Charleroi), on a créé des administrations à la pelle. Le nombre de ministres est passé de trois à dix, on a créé des secrétaires et des sous-secrétaires, des commissions et des sous-commissions, le tout dans un schéma dont la complexité ferait pâlir d’envie la Région de Bruxelles-Capitale. Chaque fois que j’entre dans ce bâtiment, je pense à une blague que nous faisions avec Stéphane, Eric et quelques autres, dans laquelle nous moquions de possibles secrétaires d’Etat aux toitures en zinc et autres commissaires du gouvernement aux aires de repos autoroutières.
Cette semaine, j’ai passé de longues heures à interroger ministres, secrétaires d’Etat et autres responsables d’administrations. J’en suis ressorti avec l’impression que tous ces gens, quoique très aimables, ne connaissaient pas grand’chose aux départements qu’ils dirigeaient. Le Ministre des Affaires Etrangères (ad interim, certes) a ainsi admis, à micro ouvert, qu’il ignorait l’état actuel des relations diplomatiques avec l’Australie. La Directrice du Département de Gestion de l’Aide Internationale (Overseas Aid Management) m’a avoué qu’elle n’avait aucune idée des montants que Tuvalu recevait annuellement en aide internationale, ni de la part qu’ils représentaient dans le PNB – mais elle m’a promis de se renseigner. Le Directeur des Services de l’Immigration, quant à lui, s’est révélé incapable de me donner une idée du nombre de visiteurs Tuvalu recevait chaque année – heureusement, le Lonely Planet indique qu’il y a eu 153 touristes à Tuvalu en 2004.
Mais le plus frappant, c’était peut-être l’armada de secrétaires et autres conseillers qui peuplaient les bureaux. Tous ces gens jouaient à des jeux de cartes sur leurs ordinateurs, ou discutaient sur Skype avec leurs amis, le tout sous les yeux de leur patron, sans aucune gêne. Ce n’est pas qu’ils étaient paresseux ou tire-au-flanc : c’est juste qu’ils n’avaient rien à faire. Forcément, une centaine de fonctionnaires pour 10 000 administrés, comment voulez-vous les occuper tous ? Pour un occidental capitaliste comme moi, ces visites dans le bâtiment des services du gouvernement étaient évidemment déroutantes. Puis on m’a gentiment expliqué qu’il avait bien fallu créer un gouvernement à l’indépendance, pour convaincre la communauté internationale de reconnaître Tuvalu. Puis qu’il avait fallu créer tous ces départements parce que les pays donateurs, dont dépend totalement Tuvalu, le demandaient, au nom de la bonne gouvernance. Mais que, fondamentalement, tout cela ne servait pas à grand’chose. Car beaucoup de décisions, ici, restent du ressort des chefs des îles, qui ont toujours existé. Et qui n’ont rien à voir avec tout ce cirque gouvernemental.
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Atterrissage manqué à Funafuti
10 juillet 2007 · Laisser un commentaire
Ce lundi, il s’est produit un incident assez inhabituel au moment de l’atterrissage de l’avion. J’ai déjà expliqué qu’en temps normal, la piste d’atterrissage servait davantage de terrain de jeux que de terrain d’aviation. Quand un avion approche, les pompiers font hurler leur sirène, et tout le monde dégage. Le problème, c’est que les chiens ne comprennent pas la signification des sirènes de la même façon que les humains. L’autre problème, c’est que les chiens, comme les chats, ne sont pas vraiment domestiqués, ici. Pourquoi élever des chiens et des chats alors qu’on les mange pas ? Les gens ont vite compris qu’ils avaient plutôt intérêt à élever des poules et des cochons…
Bref, ceci pour dire que, lorsqu’un chien s’avance sur la piste alors qu’un avion est à l’approche, il n’a pas un maître pour le rappeler. C’est ce qui s’est passé lundi. J’ignore si le pilote a aperçu lui-même le chien ou si les pompiers l’ont alerté par radio (pourquoi pas la tour de contôle ? Il n’y a pas de tour de contrôle), mais alors qu’il se préparait à atterrir, l’avion a remis des gaz et est passé au-dessus de tout le monde, à la stupéfaction générale. Sur la vidéo, si vous faites attention, on voit brièvement le chien vers la 25ème seconde, sur la gauche de l’image.
L’instant d’après, les pompiers sont allés chasser le chien de la piste, et l’avion a pu atterrir normalement. Vous pouvez voir la vidéo de l’atterrissage normal ici, si vous aimez bien les avions. Je me demande ce que le chien a pensé de tout ceci.
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La guerre du ciel aura bien lieu
7 juillet 2007 · Laisser un commentaire
Aujourd’hui, à la surprise générale, un avion d’Air Pacific s’est posé à sur la piste d’atterrissage. D’habitude, les seuls avions qui se posent sont ceux d’Air Chathams, qui opère deux vols par semaine, le lundi et le jeudi, pour le compte d’Air Fiji. Que venait donc faire l’avion d’Air Pacific ? La nouvelle s’est rapidement répandue: un vol de reconnaissance.
Air Pacific a en effet l’intention de marcher sur les plates-bandes d’Air Fiji et de lancer une liaison concurrente entre Suva (Fidji) et Funafuti, deux fois par semaine, qui serait opérée par sa filiale low-cost, Pacific Sun. Pendant tout l’après-midi, on a donc vu des cadres et des pilotes de Pacific Sun se balader dans l’île et rencontrer les membres du gouvernement, avant que l’avion ne reparte en début de soirée.
Pour bien comprendre les enjeux de tout ceci, il faut savoir plusieurs choses. D’abord qu’il y a deux compagnies aériennes à Fidji: Air Pacific, la compagnie internationale, qui est bénéficiaire, et Air Fiji, la compagnie domestique, qui est un peu pourrie et défécitaire. Apparemment, la seule liaison rentable d’Air Fiji est aussi sa seule liaison internationale: celle avec Tuvalu. Et si la liaison est rentable, c’est parce que les tarifs pratiqués par Air Fiji sont prohibitifs: j’ai payé 600 euros pour un vol de deux heures et demi, avec un billet acheté deux mois à l’avance. Mais comme c’est ça ou le ferry qui ne passe que quelques fois par an, les Tuvaléens n’ont guère le choix.
Cela fait très longtemps que les habitants de Tuvalu se plaignent du coût exorbitant des billets d’avion. Comme le gouvernement possède des parts d’Air Fiji, la question est même devenue très politique. En particulier, même si je conviens que c’est un peu sordide, le coût du transport des cercueils est jugé scandaleusement cher. Beaucoup de Tuvaléens habitent à l’étranger, mais souhaitent être enterrés sur leur terre natale, et Air Fiji facture le rapatriement des dépouilles au prix fort. Le comble du scandale fut atteint l’an dernier, quand un malade dut se rendre de Tuvalu à Fidji pour subir une opération. L’équipage de l’avion, distrait, oublia d’emporter du matériel médical indispensable à la survie du malade (un respirateur ou un truc du genre, je suppose), et le pauvre type est mort en plein vol. Et Air Fiji n’a même pas proposé de rapatrier le corps gratuitement, raconte-t-on.
Bref, cette histoire un peu sordide fut la goutte qui fit déborder le vase, et les Tuvaléens ont depuis pressé leur gouvernement d’essayer d’attirer une autre compagnie aérienne. L’avion d’Air Pacific, aujourd’hui, fut donc accueilli comme une bénédiction tombée du ciel (c’est le cas de le dire, ha ha ha). D’autant que les responsables promettent non seulement de casser les prix, puisque les vols seraient opérés en low-cost, mais surtout d’envisager de nouvelles liaisons. D’abord avec Kiribati: jusqu’en 1976, Tuvalu et Kiribati ne formaient qu’un seul Etat sous tutelle britannique, et les liens demeurent très forts entre les deux pays (qui sont d’ailleurs tous les deux menacés par la hausse du niveau des mers). Mais ensuite, et surtout, avec Hawaï. Et Hawaï, c’est déjà les Etats-Unis: voilà quelque chose qui en fait fantasmer plus d’un, ici. Car les liaisons aériennes de Tuvalu sont bien plus qu’une simple question commerciale: elles conditionnent ses rapports avec l’extérieur… Reste quand même une question d’importance: existe-t-il vraiment un marché pour quatre liaisons hebdomadaires entre Tuvalu et Suva ?
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Le point le plus étroit de l’île
6 juillet 2007 · 3 commentaires
Tuvalu, ce n’est pas le nom d’une île, c’est le nom d’un pays. Un pays qui se compose de neuf îles. Les forts en thème en déduiront qu’il s’agit d’un archipel. Quand je suis arrivé, je pensais naïvement que pour passer d’une île à l’autre, il suffisait de louer un petit bâteau, de convaincre un brave type du coin de vous accompagner, et que l’affaire était réglée. Pas du tout, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Les neuf îles sont en réalité assez éloignées les unes des autres (d’au moins plusieurs dizaines de kilomètres, on ne les voit pas depuis l’île principale), et on s’y rend avec le ferry affrêté par le gouvernement, qui passe à intervalles très irréguliers une dizaine de fois par an. Pas question de monter votre petite expédition personnelle : c’est bien trop dangereux, qu’est-ce que vous imaginiez, pauvre naïf ?
Autant dire qu’on n’organise pas toutes les semaines des tournois de rugby inter-îles, et que le gouvernement n’a qu’un contrôle assez limité sur les îles les plus lointaines (où ne vivent d’ailleurs que quelques dizaines d’habitants, sans même internet, dit-on). Vues d’avions, ces îles semblent sorties de nulle part, et on a peine à croire qu’elles soient habitées. Et pourtant.
L’île principale, où vivent environ la moitié des 11 000 citoyens de Tuvalu, s’appelle Fongafale. Fongafale est entourée de petit îlots, qui forment un atoll volcanique. L’atoll s’appelle Funafuti, et c’est ce nom qui a été retenu pour la capitale du pays. Bizarrement, la capitale de Tuvalu ne porte donc pas le nom d’une ville, mais le nom du principal atoll du pays. Fongafale (l’île principale, donc, si vous avez bien suivi) est entièrement recouverte par Vaiaku, qui est la ville principale de Tuvalu. D’ailleurs, en fait de ville, c’est plutôt un village. Fongafale est une île très étirée, en forme de croissant, très étroite en certains points. Celui que vous verrez sur la vidéo est le point le plus étroit, et vous verrez que c’est stupéfiant : l’île ne fait plus, à cet endroit, que quelques mètres de largeur, juste la place pour faire passer une route entre l’Océan Pacifique, à gauche, et le lagon, à droite. A mon avis, c’est ce qui illustre le mieux la vulnérabilité de Tuvalu: une élévation du niveau des océans de quelques centimètres, une grosse marée, et l’ile est submergée…
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Vol 601 pour Funafuti
3 juillet 2007 · 6 commentaires
Encore mieux que ‘Vol 714 pour Sydney’, hein ? Depuis lundi, j’ai dans mon passeport un cachet m’autorisant à séjourner à Tuvalu pendant 30 jours, pour autant que ne cherche pas un travail rémunéré et que je ne m’adonne pas au prosélytisme (sans blague, je vous assure que le cachet comporte vraiment cette mention – il faut dire que les Témoins de Jéhovah ont fait le forcing, ici).
C’est donc l’occasion de relancer ce blog que j’avais un peu laissé en veilleuse. Le voyage jusqu’à Tuvalu est très long, bien sûr, je ne vous apprends rien. Il y a d’abord une escale à Kuala Lumpur, puis une autre à Auckland, et puis enfin une troisième à Fidji. Les seuls vols qui relient Tuvalu à l’extérieur sont en effet assurés par Air Fiji, donc on est bien obligé de passer par Fidji pour y aller. En fait, ce n’est pas vraiment Air Fiji qui assure les vols : ils ont sous-traité le marché à une obscure compagnie néo-zélandaise, Air Chathams, qui fait atterrir un vieux Convair 580 deux fois par semaine sur la piste d’atterrissage de Funafuti. Les gens du coin prétendent que l’avion date des années 50, mais je me refuse à les croire. Même si, à la réflexion, on voit des avions semblables dans les films sur la guerre du Pacifique.
On embarque à l’aéroport de Suva, qui en réalité ne se trouve pas à Suva mais à Nausori, une ville distante d’une demi-heure en taxi. C’est comme Ryanair, qui fait croire que l’aéroport de Charleroi se trouve à Bruxelles. Et comme dans tous les aéroports, on s’assure désormais que vous n’emportiez pas de liquides dans vos bagages à main. Je veux bien admettre que les terroristes s’attaquent désormais à de plus petits aéroports comme Glasgow, mais de là à imaginer que quelqu’un veuille confectionner une bombe à bord d’un vol Nausori-Funafuti, il me semble qu’il y a quand même de la marge, une marge qui confine au ridicule. J’étais très curieux, dans l’avion, de savoir qui étaient les autres passagers, et ce qu’ils allaient faire à Tuvalu : en réalité, il y avait surtout des Tuvaléens qui rentraient chez eux, et une dizaine de fonctionnaires des gouvernements de la région, emmenés par l’ambassadeur du Japon à Fidji, qui allaient s’assurer, comme ils le font deux fois par an, que l’argent qu’ils donnent à Tuvalu est bien utilisé.
Le vol, à ma grande surprise, fut plutôt agréable : si l’avion était bruyant, il était plutôt stable, et une hôtesse a même servi des boissons et des sandwiches. Surtout, le spectacle était sensationnel. Vues du ciel, les îles de Tuvalu ont un aspect tout à fait irréel, perdues au milieu de l’océan. Je pense que c’est du ciel que leur fragilité apparaît avec le plus d’évidence, on imagine parfaitement comme une grande marée pourrait les balayer d’une vague. Malheureusement, j’avais un siège ‘couloir’, donc vous n’aurez pas de photos de ça…
Quand on atterrit, le plus rigolo, c’est de voir tous les gens massés le long de la piste : l’arrivée de l’avion est clairement l’une des principales distractions de la semaine. Ceux qui ont réservé leur séjour dans l’unique hôtel de l’île ont droit à des colliers de fleurs et de coquillages, et les autres passent directement aux formalités d’arrivée. Ce n’est pas rien, Tuvalu se donne beaucoup de mal pour ‘faire comme si’ : on passe successivement devant un agent de l’immigration, puis un agent des douanes, et puis enfin un agent de « quarantaine », dont je n’ai pas vraiment compris quel était le rôle exact. Bref, j’étais arrivé. Et il faisait une chaleur suffocante.
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