Au Kenya, des ‘réfugiés climatiques’ dans les camps du HCR

Il y a quinze jours, le Los Angeles Times se faisait l’écho de la situation dans les camps de réfugiés du HCR à Dadaab, à la frontière entre la Somalie et la Kenya. L’article est intéressant à plus d’un titre, sur la forme d’abord. A l’heure où les Etats-Unis semblent avoir le plus grand mal à s’engager dans la perspective (toute proche) de Copenhague – c’est un euphémisme ! – il est intéressant que la presse américaine commence à s’intéresser à ces questions. (à suivre).

Tuvalu dans Le Monde

Un excellent papier sur Tuvalu dans Le Monde de ce soir. La grande originalité du papier est de se pencher sur la situation des Tuvaluens expatriés à Auckland, plutôt que sur le cas de ceux qui habitent toujours l’archipel. Ils sont déjà 3000 à avoir migré: pour chercher du boulot, parce que leur famille habite là-bas, et de plus en plus, parce qu’ils ont peur de l’avenir…

Les blogtrotters à Tuvalu

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Il y a quelques semaines, j’ai été contacté par Tristan Mendès-France et Alban Fischer, les animateurs du site blogtrotters.fr. ‘Blogtrotters’ repose sur un concept assez simple, mais pourtant inédit, en tout cas à ma connaissance: il s’agit d’un vidéo-blog participatif, où les internautes peuvent directement interpeller Tristan et Alban sur leurs sujets d’enquêtes, pendant qu’ils réalisent celles-ci. Si ça a l’air un peu compliqué comme ça, allez voir leur site, et vous comprendrez vite.

Quel rapport avec moi ? Le prochain projet des Blogtrotters avait lieu à Tuvalu, et Tristan et Alban souhaitaient me rencontrer dans le cadre de la préparation de leur voyage. Ce fut aussi pour moi l’occasion de découvrir leur projet, que j’ai trouvé très original et intéressant, notamment en ce qui concerne les manifestations du concept de mémoire collective. Bref, ceci pour dire qu’ils sont maintenant arrivés à Tuvalu, et que vous êtes invités à participer à leur reportage ici. C’est aussi une belle occasion d’interagir plus directement avec les habitants de Tuvalu.

L’Université du Pacifique Sud

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Pendant mon séjour à Tuvalu, et aussi un peu à Fidji, j’ai utilisé les facilités de l’Université du Pacifique Sud (University of the South Pacific, USP). J’avoue que j’avais un peu de mal à croire qu’il y ait un campus universitaire à Tuvalu, mais il y a bel et bien un petit bâtiment, avec quelques bureaux, une salle de cours, une petite bibliothèque et une salle informatique. Cela tient à une caractéristique assez unique de l’USP: elle possède des campus dans douze pays du Pacifique Sud. A ma connaissance, c’est la seule université présente dans plusieurs pays à la fois. Je sais que la plupart des grosses universités américaines, et même certaines universités européennes, ont des campus un peu partout dans le monde, pour des raisons essentiellement commerciales. Mais l’USP est différente: elle est gérée conjointement par douze pays du coin, qui sont tous, à part Fidji, des petites îles en développement (Small Island Developing States, SIDS). Le campus principal est situé à Fidji, dans la capitale Suva, mais chaque pays possède aussi un petit campus qui fait office de succursale locale. En gros, les étudiants qui ont la chance d’avoir une bourse (c’est la Nouvelle-Zélande qui paie) peuvent venir étudier à Fidji, tandis que les autres peuvent faire leurs études à distance, avec des cours sur internet, dans les ‘petits’ campus locaux. En ce sens, je trouve que l’USP est assez remarquable. En tout, l’USP compte environ 15 000 étudiants, soit autant que l’ULg. Tuvalu compte une dizaine d’étudiants sur le campus de Funafuti, mais beaucoup plussur le campus principal de Laucala, à Fidji.

Les bourses d’études qui permettent aux étudiants d’étudier sur le campus de Laucala sont assez conséquentes, puisque l’étudiant embarque toute sa famille avec lui à Fidji. En Belgique, les étudiant supplient leurs parents de leur payer un kot (logement d’étudiant) pour pouvoir enfin ‘être indépendants’ (moyennant lessive et support financier hebdomadaires); à Tuvalu ils emmènent leur famille avec eux. C’est comme ça. L’USP est d’ailleurs une des principales sources d’immigration à Fidji. C’est sans doute aussi pour ça que l’USP a instauré le principe du ‘compassionate pass’, qui est aussi, à ma connaissance, assez unique. Le principe du compassionate pass est un peu sinistre, mais très simple: si un étudiant qui doit présenter un examen a un décès dans sa famille dans les trois jours précédant l’examen, il réussit automatiquement l’examen, moyennant la présentation d’un certificat de décès en bonne et due forme. Ou alors il a le droit de demander à représenter l’examen. Ce qui est assez étonnant, c’est que ce système est complètement formalisé: il y a toute une série de conditions, le certificat de décès doit être fourni dans un délai raisonnable, et le nombre de compassionate passes est limité – sans doute pour éviter que des étudiants en détresse ne déciment leurs familles.

Outre quelques locaux, les professeurs et chercheurs de l’USP sont pour la plupart australiens ou néo-zélandais. Tous m’ont dit qu’ils rencontraient ici une difficulté particulière: convaincre leurs collègues restés au pays qu’ils n’étaient pas en vacances, mais qu’ils travaillaient vraiment. A les entendre, c’était un réel problème : même si Suva, la capitale de Fidji, n’est absolument pas touristique, loin des plages et très pluvieuse, on s’imaginait toujours que l’USP était une sorte de bar de la plage. A mon avis, c’est un problème que doivent aussi rencontrer les chercheurs de l’Université de Hawai’i.

Le village qui voulait être un Etat

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Voilà maintenant quelques semaines que j’ai quitté Tuvalu, et je continue maintenant la recherche avec les Tuvaléens expatriés en Nouvelle-Zélande (à Auckland, surtout). Entre les deux, il y a eu Fidji et l’Australie, j’y reviendrai. Avant de passer à la suite, et avec un peu plus de recul, je voulais partager quelques impressions finales, à défaut d’être définitives, sur Tuvalu.

Un aspect qui m’a particulièrement frappé, c’est le soin inouï que mettait Tuvalu au respect du protocole. Un ambassadeur en visite à Tuvalu ? On lui colle une voiture officielle surmontée d’un petit drapeau de son pays, pour parader dans toute l’île. C’est d’un ridicule consommé, mais à Tuvalu, on sait recevoir. Vous demandez à voir un ministre ? On vous fait voir des conseillers, des secrétaires, des sous-ministres, puis quelqu’un se décide à appeler le ministre, qui vous reçoit bien sûr dans la minute. Vous demandez à voir un plan gouvernemental de lutte contre les effets du changement climatique ? On vous répond que le document n’est pas encore formellement approuvé par le gouvernement, qu’il est encore confidentiel, et qu’on vous l’enverra dès que l’embargo sur le document sera levé. Par contre, si vous interrogez le ministre de la santé sur la question du SIDA à Tuvalu, il vous répond en vous donnant les noms et adresses des neuf personnes infectées par le VIH sur l’île. La population de Tuvalu n’est que de 10 000 habitants, son territoire n’est que de 26 km2, maisl’important, c’est de faire comme si.

Tuvalu a obtenu son indépendance très rapidement, en deux ans seulement, en 1978. On a presque l’impression que le Royaume-Uni cherchait à s’en débarrasser. Son économie est totalement artificielle: Tuvalu dépend quasiment exclusivement de l’aide internationale. Ses habitants, pourtant, sont farouchement attachés à l’indépendance du pays. C’est bien davantage qu’un simple attachement à la terre. L’aspiration des peuples à leur souveraineté, à Tuvalu ou ailleurs, même si le pays ne peut survivre que grâce à l’aide internationale, m’a toujours troublé.

Reste qu’aujourd’hui, le gouvernement doit régler un délicat dilemme: comment poursuivre le développement de Tuvalu tout en préparant la perspective de sa disparition ? On sent bien, chez les officiels du gouvernement, une grande réticence à éviter le scénario du pire, la disparition du pays. En même temps, si ce scénario n’est pas envisagé, Tuvalu risque bien de se retrouver un jour, au propre et au figuré, le bec dans l’eau. Mais préparer l’évacuation de la population, c’est aussi, quelque part, reconnaître que tous les projets d’infrastructure pourraient être menés en vain, que toute l’aide au développement pourrait atterrir dans un puits sans fond. Et ça, pour tous les gouvernements du monde, même les plus petits, ce n’est pas à évident à admettre.

Le Vaiaku Lagi Hotel, ses 16 chambres et ses 28 employés

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Il n’y a qu’un seul hôtel à Tuvalu, c’est le Vaiaku Lagi Hotel. En réalité, il existe aussi des pensions (comme le Filamona Lodge) qui sont beaucoup plus confortables que l’hôtel, mais le Vaiaku Lagi aime se prévaloir de son titre d’unique hôtel du pays. Il faut dire que ça lui attire une clientèle garantie, puisque de nombreux voyageurs, convaincus que c’est le seul (ou le meilleur) hébergement à Funafuti, s’y rendent benoîtement à leur descente d’avion. Le Vaiaku Lagi Hotel est donc, par la force des choses, l’endroit où se retrouvent, le soir, la plupart des étrangers.

Il n’y a pas beaucoup d’étrangers à Tuvalu, c’est un euphémisme. Qui sont-ils ? Il y a quelques touristes, qui ne sont pas nombreux et souvent bizarres. Par exemple, cet Américain du Michigan qui est arrivé et reparti le jour même, par le même avion : il voulait juste poser le pied dans tous les pays du monde, mais n’avait pas trop le temps de visiter … La plupart des étrangers, en fait, sont des coopérants ou des diplomates. En trois semaines, le Vaiaku Lagi Hotel a ainsi reçu la visite des ambassadeurs du Japon, d’Autriche et des Etats-Unis à Fidji. On a donc hissé au mât de l’hôtel un drapeau japonais puis un drapeau américain (je suppose qu’ils n’avaient pas de drapeau autrichien) pour saluer la venue des ambassadeurs. Il y a aussi quelques chercheurs, qui travaillent sur la montée des eaux, les rites et coutumes tuvaléens, et même sur les migrations. Et puis enfin, il y a des volontaires, qui sont là depuis bien trop longtemps, et qui sont généralement devenus alcooliques depuis.

L’hôtel, comme beaucoup de choses à Tuvalu, est la propriété du gouvernement. Et comme le gouvernement est quasiment le seul employeur du pays, et qu’il faut faire travailler un maximum de gens, on n’a pas lésiné sur le personnel: 28 employés pour 16 chambres ! D’accord, certains sont à temps partiel… Le prix des chambres est plutôt cher (pour Tuvalu) : 85 dollars australiens (50 euros environ) pour un confort qui voisine vaguement avec les deux étoiles… Le restaurant de l’hôtel, par contre, pratique des prix anormalement bon marché. Pour 4 dollars australiens, on peut avoir du poisson avec du riz, ou du poulet avec des patates. Ou alors du poisson avec des patates, ou encore du poulet avec du riz… Le faible coût des plats n’a d’égal que la variété de ceux-ci… Tous ces plats sont évidemment à commander directement en cuisine, car malgré les 28 employés, il faut reconnaître que le service aux tables laisse un peu à désirer.

La dernière trouvaille de l’hôtel, c’est d’organiser, tous les mercredis soirs, une soirée buffet et danses traditionnelles. Le concept est vieux comme le monde : on fait danser quelques membres du personnel en costumes traditionnels, on décline les plats habituels en buffet, et on fait payer le prix fort (15 dollars, plus de trois fois le prix d’un repas normal !) aux étrangers émoustillés de s’offrir ainsi un peu d’exotisme bon enfant. Après le show, les danseurs viennent évidemment chercher les membres du public pour danser avec eux. Mercredi dernier, je suis parvenu à me faire embrigader, en compagnie de l’ambassadeur américain en tournée d’adieu, d’un couple de milliardaires canadiens, d’une volontaire arménienne, et d’un consultant en fiscalité internationale qui réformait le système fiscal de Tuvalu après avoir réformé celui de l’Afghanistan – un mercenaire des impôts, somme toute. Tout ça est devenu vraiment drôle quand la sono a commencé à cracher les premières notes de Agadou dou dou. Voir tout ce petit monde danser sur ce vieux tube que même les boîtes les plus ringardes n’osent plus passer, ça valait le detour.

L’ambassadeur et l’anthropologue

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Hier et aujourd’hui, j’ai rencontré deux types qui revenaient chacun, à leur façon, de très loin. Le premier s’appelle Enele Sopoaga, c’est lui qui est sur la photo. Enele Sopoaga a été le premier ambassadeur de Tuvalu aux Nations Unies, de 2001 à 2007. C’est avec lui que je me suis un jour retrouvé coincé dans un ascenseur à l’ONU, à l’hiver 2001, alors que j’y effectuais un stage. C’est lui qui, le premier, m’a parlé de Tuvalu et des ‘réfugiés environnementaux’. A l’époque, je ne savais même pas que Tuvalu existait, ni que des gens étaient déplacés à cause du changement climatique. Même si ça paraît un peu étrange de le formuler en ces termes, ce que je fais aujourd’hui a été déterminé, très largement, par cette rencontre fortuite dans un ascenseur en panne. Par un curieux hasard, il se trouve que le mandat d’Enele Sopoaga est arrivé à échéance récemment, et qu’il vient de rentrer à Tuvalu, la semaine dernière. Nous ne nous étions jamais revus depuis, et je l’ai rencontré hier soir. Il m’a même fait la gentillesse de faire semblant de se souvenir de moi (à cause de ma voix, a-t-il prétendu). Comme vous vous en doutez, ça m’a fait quelque chose de revoir le type qui avait décidé, sans le savoir, de ce que j’allais pendant quatre ans de ma vie.

C’est quelqu’un d’assez extraordinaire, comme j’en ai rencontré assez peu dans ma vie (bon, quelques uns quand même, mais pas des centaines). Il y avait quelque chose de touchant à le voir discuter des enjeux du changement climatique au milieu des caisses de son déménagement. Il est rentré avec toute sa famille, après 7 ans à New York. Ses filles ont étudié dans une université du New Jersey, et parlent avec l’accent américain. Il est maintenant Secrétaire aux Affaires étrangères dans un gouvernement qui, je le crains, comprend beaucoup moins bien que lui tous les enjeux internationaux du changement climatique. Je ne sais pas trop comment il parviendrait à se réadapter. Il m’a juste dit qu’il était très content d’être de retour, même si New York lui manquerait un peu.

L’autre revenant est autrichien, il est étudiant en Master d’anthropologie à l’Université de Vienne, et je ne connais pas son prénom. Si vous avez des enfants qui vont rentrer à l’université, je vous déconseille vivement de les laisser faire l’anthropologie à Vienne: ils envoient leurs étudiants dans des endroits tout à fait improbables. Car Tuvalu ne présente pas seulement un intérêt pour les chercheurs qui s’intéressent au changement climatique; c’est aussi un paradis pour anthropologues. Cet étudiant autrichien a donc eu l’idée de passer trois mois sur l’île de Niualakita. J’ai déjà dit combien il était difficile d’accéder aux autres îles de Tuvalu, mais pour Niulakita, c’est carrément le parcours du combattant. Si les habitants de Funafuti, l’île principale, jouissent d’un certain nombre des bienfaits du confort moderne (télévision et corned beef, surtout), on peut affirmer sans risque que les conditions de vie à Niulakita sont plus… rustiques, disons. Niulakita est l’île la plus au sud de Tuvalu, à environ 200 kilomètres de Funafuti, et elle n’est habitée que par une trentaine d’habitants, selon le dernier recensement. Vous pensiez que ce genre d’endroit n’existait plus ? Détrompez-vous. Moi-même j’ai été surpris de l’apprendre.

En fait, au départ, Niulakita n’était pas habitée. D’ailleurs, Tuvalu signifie ‘groupe de huit (îles)’, et pas ‘groupe de neuf’. Il y a quelques dizaines d’années, pourtant, des habitants de Niakulaelae, l’île voisine (enfin, voisine, à 100 kilomètres quand même), ont décidé d’aller habiter à Niulakita. Bizarrement, on n’a pas changé le nom de Tuvalu pour refléter ce changement. Ils sont donc une trentaine aujourd’hui, et dire que Niulakita est perdue au milieu du Pacifique est un euphémisme. Tous les trois mois, le gouvernement envoie un bateau pour apporter quelques vivres et s’assurer que Niulakita n’est pas devenue un site d’essais nucléaires. Et il y a trois mois, le bateau a aussi débarqué un anthropologue autrichien. J’imagine que les habitants ont dû être assez surpris. Et le bateau l’a donc récupéré il y a quelques jours, plutôt en piteux état. Il avait perdu une dizaine de kilos, contracté une volée de maladies et d’intoxications alimentaires, et était tellement épuisé qu’il a passé sa première nuit à Funafuti sur le pont du bateau. Sincèrement, je pensais que ça n’existait plus depuis longtemps, ce genre de mission anthropologique chez les ‘sauvages’. Manifestement, je me trompais.